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samedi, 03 décembre 2016 06:00

Abdelkader Boudamèche : «Le Cheikh demeure celui qu’on a suivi et imité le plus»

Écrit par  Sara Kharfi

Chercheur et spécialiste du chaâbi et du melhoun, musicologue, président du Conseil des arts et des lettres, et commissaire du Festival national de la poésie Melhoun de Mostaganem, Abdelkader Bendamèche revient dans cet entretien sur la disparition de Amar Ezzahi, sur son parcours, son apport au genre et son héritage.


Reporters : Quelle est la place  de Amar Ezzahi dans le chaâbi et le monde de la culture de manière générale et que représente cette perte ?
Abdelkader Bendamèche : En effet, c’est une grande perte sur le plan humain, car la disparition est, par essence, très douloureuse en soi. Cheikh Amar Ezzahi, qui vient de nous quitter, ne disparaît pas totalement de notre esprit, ni même de notre quotidien, car il représente une grande partie de l’actualité du genre de musique chaâbi. Cette icône du monde musical algérien est, en plus  de ses capacités artistiques intrinsèques, un véritable phénomène social, une attraction et un sujet de curiosité pour l’ensemble des adeptes du chaâbi. S’il a conquis les cœurs des Algériens à travers le territoire national et même au-delà, Cheikh Amar Zahi demeure celui qu’on a suivi et imité le plus. Adoré, adulé, chacun de ses gestes et de ses mots sont aussitôt repris, ses chansons sont également reproduites à l’identique et bien mises en valeur. Cette situation a fait que nombre de ses émules se sont distingués en demeurant fidèles à l’originalité de l’œuvre interprétée, ce sont Aziouz Raïs au début de sa carrière, Abdelhaq Bourouba, Kamel Messaoudi, Laâzizi, Amirouche et autre Kamel Aziz. La relève de Cheikh Amar Ezzahi est bien assurée, ce qui donne sans nul doute un souffle nouveau et un élan encore plus accru au développement de la musique et le chant chaâbi  d’une façon générale dans notre pays. Cette dynamique s’est déjà opérée au cours des différentes éditions du Festival national de chanson chaâbi depuis sa création en 2005 et le nom de Cheikh Amar Zahi  était bien consacré.

Quelle tendance incarnait Amar Ezzahi dans le chaâbi ?

Cheikh Amar Ezzahi incarnait et incarnera encore pendant longtemps l’expression musicale du peuple et de la frange la plus modeste, la plus démunie particulièrement. Amimer, comme l’appellent ses fans les plus assidus et les plus proches, exprimait les faits et les méfaits, les désirs et les rejets du peuple, celui des zaoualia. Il représentait cette partie de population jusqu’au bleu Shanghai qu’il portait en permanence, jusqu’à sa modestie légendaire et sa simplicité. Cheikh Amar Ezzahi ne s’accommodait guère des biens périssables et des aspects clinquants de la vie. Il rejetait en bloc tous ces apparats qu’il considérait comme superflus, mieux encore qu’il ignorait royalement.

Autodidacte, comment a évolué sa carrière ?

C’est un véritable autodidacte qui  a, dès sa tendre jeunesse, exprimé son penchant pour la musique d’une façon générale. C’est Cheikh El Hadj Boudjemaâ El Ankis qui l’intéresse en premier, en plus de son admiration pour le maître Cheikh El Hadj M’hamed El Anka. Son registre d’écoute était très large, car s’il adorait le chaâbi, il respectait tous les autres genres musicaux qui constituent la palette nationale dans ce domaine. Il ira écouter les conseils de Cheikh Mohamed Brahimi dit Cheikh Hamdène Kabaïli et les précieuses orientations de Cheikh Kaddour Bachtobdji. Toute cette période d’apprentissage et d’identification se situe avant l’Indépendance nationale. En 1963, Amimer confirme son penchant pour Boudjemaâ El Ankis en prenant un pseudonyme celui de «Amar El Ankis» avec un disque 45 tours ayant pour titre «Djahelt koul saheb». Un peu plus tard c’est un autre pseudo qui va lui coller à la peau «Amar Rampe Valée», mais c’est le grand compositeur et auteur Kamel Hamadi qui suggère à Mahboub Bati de l’appeler désormais «Amar Zahi» un nom d’artiste qui ressemble à son vrai nom «Aït Zaï Amar» qui est né le 1er janvier 1941 à Ath Bouamas dans la daïra de Aïn El Hammam à Tizi Ouzou.

Quelles sont les personnes qui ont compté dans son parcours, et quelles ont été les rencontres déterminantes dans sa carrière ?

Inévitablement, c’est Cheikh El Hadj Boudjemaâ El Ankis, Cheikh Hamdène Kabaïli, Cheikh Mohamed Lahlou, Cheikh Kaddour Bachetobdji, Mahboub Safar Bati et Ferguène Boudjemaâ. Toutes ces personnalités rencontrées au gré de son vécu artistique comptaient énormément dans la constitution de sa personnalité artistique et de l’éclosion de ses capacités artistiques. Ce sont aussi des grands poètes populaires des siècles passés, à l’image de Cheikh Sidi Lakhdar Benkhelouf, Mohamed Bensmaïl, Larbi El Meknassi, Mohamed Benali Ould Ezzine ou encore Abdelaziz El Maghraoui, Mohamed Bnè Msayeb et Ahmed Bentriki.

C’était un virtuose de la mandole...
Le mandole, redéfinit par Cheikh El Hadj M’hamed El Anka et la réalisation de l’artisan luthier italien Jean Bélido, reste l’instrument fétiche de Cheikh Amar Ezzahi qui fait corps avec lui, debout ou assis, il le maîtrise très bien en produisant, par la finesse de ses doigts, des sonorités toutes aussi attrayantes les unes que les autres. C’est aussi un virtuose dans le jeu  du mandole.

Il a toujours évité les lumières, les hommages et les médias, même s’il existe quelques rares et précieuses traces...

Une interview réalisée par Hamid Kechad pour la Chaîne trois de la Radio algérienne en 1988 et une autre rencontre que j’ai réalisée moi-même pour la Radio El Bahdja en 1997 restent les seules rencontres élaborées données par Cheikh Amar Zahi à la radio. Pour la télévision nationale, on lui doit quelques merveilles de concerts qui restent à ce jour  de véritables pépites dans le patrimoine musical national. Sa fuite des médias et des feux de la rampe sont un choix délibéré de sa part. Notre attitude, à mon sens, est le respect de ses convictions et de la force de son caractère. Chapeau bas.

Peut-on parler d’une école Amar Ezzahi ?

On ne peut affirmer que le style Ezzahi est une école, scientifiquement parlant, car on est en présence d’un phénomène musical suivi par des émules par l’écoute attentive et passionnée. Il y a absence de conditions pédagogiques. Mais c’est une école dans le jargon artistique, car il y a un maître et des élèves, des modèles mémorisés et répercutés au grand bonheur des fans. Pour ma part je favoriserai le style Zahi qui procède de l’utilisation d’un texte poétique du patrimoine populaire, ce véritable socle de la chanson chaâbi, à qui on administre une mélodie dont les contours ne dépareillent pas par rapport au genre du maître El Anka. La différence et la valeur ajoutée apportée par Cheikh Ezzahi sont cette touche personnelle amenée par l’adoption d’une rythmique quelquefois différente, d’une personnalité propre à lui, de quelques canevas mélodiques aussi différents, de sa passion pour la poésie melhoun, de la justesse de sa voix  et de sa sincérité dans l’interprétation.

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