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samedi, 03 décembre 2016 06:00

AMAR EZZAHI ou l’éloge des foules à l’artiste du peuple

Écrit par  Sara Kharfi

Il est difficile d’évoquer Amar Ezzahi sans le relier à l’espace de son quartier. Bien sûr, le chaâbi ne se résume pas à un quartier ou à une ville, mais en Ezzahi et à travers lui se cristallise et se raconte une histoire du chaâbi. Décédé mercredi d’une crise cardiaque et enterré jeudi au cimetière d’El Kettar, il était un des plus grands maîtres de cette musique.


Evitant les lumières et les hommages avec la modestie qui le caractérisait, il a néanmoins reçu le plus bel hommage : celui qui est venu de tous ceux qui ont partagé leur émotion sur les réseaux sociaux, ceux qui ont assisté à son enterrement et enfin tous ceux qui ont eu une pensée pour lui. Sa musique continuera à nous faire rêver et édulcorer notre quotidien, et son souvenir nous appartient à tous. A nous de le faire (re)vivre...  
La Rampe Louni Arezki, ex-Rampe Valée, est un quartier populaire de la commune de Bab El Oued. Prolongement de la Casbah, habituellement, ce quartier grouille de monde et d’agitation : les cafés et les magasins sont ouverts, les enfants courent partout, les jeunes improvisent des parties de foot, les plus âgés de dominos, d’autres choisissent les débats qui peuvent parfois dégénérer en disputes... mais les rancœurs ne durent jamais. Les habitants de la rampe Louni Arezki sont également fiers d’un des symboles de leur quartier auquel il a toujours été assimilé : Amar Ezzahi ou Ammimer pour eux. En passant par sa maison, tous regardent dans l’espoir de l’apercevoir, de le saluer, de constater qu’il est encore là, que tout va bien, que l’équilibre est maintenu, que le temps a agi mais que lui est toujours là pour leur rappeler ce qui a été et ce qui ne sera plus, ceux qui étaient là et qui ont été emportés par la mort, ceux qui sont encore là mais qui ont bien changé, mûri, vieilli... Le vécu d’un quartier se confond ainsi avec un homme au grand cœur, un artiste de talent, un soufi ascète qui a fui les lumières de la scène et choisi pour quête la lumière de l’âme. Jeudi soir, la rampe Louni Arezki était quasi-déserte. Il régnait un silence d’après la tempête, et une odeur de mort. Ce matin-là avait été enterré Amar Ezzahi. Des milliers de personnes de tous âges, des admirateurs anonymes, des amis, des artistes (dont Aziouez Raïs, Abderrahmane El Kobbi, Abdelkader Chaou), ainsi que des personnalités politiques et le ministre de la Culture, l’ont accompagné à sa dernière demeure. «Sous les youyous et les clameurs de la foule, la dépouille mortelle d’Ezzahi, recouvert de l’emblème national, s’est ébranlé vers le cimetière» d’El Kettar où il repose. Plusieurs admirateurs, à l’annonce de sa mort, venant d’Alger et de d’autres villes, se sont rendus chez lui pour vérifier la nouvelle – de fausses rumeurs avaient circulé dès le début de semaine sur sa mort – et pour présenter leurs condoléances aux proches. Âme d’un quartier, icône d’une musique, symbole d’une génération, il est décédé la veille à son domicile d’une crise cardiaque, à l’âge de 75 ans. A la suite de l’annonce de sa disparition, les utilisateurs des réseaux sociaux ont été nombreux à réagir, à exprimeur leur tristesse et à lui rendre hommage, en partageant photos, chansons ou impressions. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a adressé un message de condoléances repris par l’agence APS, dans lequel il a exprimé son «affliction» d’apprendre la mort d’Ezzahi, le considérant comme un «artiste virtuose» et «une icône de la chanson chaâbi, et un talentueux créateur qui a passé sa vie au service du patrimoine musical national et qui a légué au champ culturel des chansons éternelles». «La communauté artistique et tous ses fans continueront pendant très longtemps de fredonner ses chansons», a-t-il souligné, tout en rappelant que Ezzahi était de «cette élite d’artistes pionniers dans leur genre qui ont gratifié leur public d’une œuvre mémorable et enrichi la scène artistique nationale d’un patrimoine de chansons reflétant un goût raffiné». Pour le chef de l’Etat, «Ezzahi nous quitte mais son œuvre, éternelle, ne cessera de marquer l’histoire de l’art et les générations montantes». De son côté, le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah a souligné que le défunt, réputé pour sa «modestie et sa simplicité était un monument de la chanson chaâbi adulé et respecté tant par les amateurs de la chanson chaâbi que par l’ensemble de la scène artistique et culturelle». Pour sa part, le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi a qualifié Ezzahi d’«artiste légendaire» et d’un «grand symbole de la musique algérienne». Né le 1er janvier 1941 à Aïn El Hammam (Tizi Ouzou), Amar Ezzahi, Amar Aït-Zaï de son vrai nom, est un artiste autodidacte qui a débuté sa carrière dans les années 1960, et c’est en écoutant un autre grand maître, Boudjemaâ El Ankis qu’il a aimé le chaâbi. Sa rencontre, en 1963, avec Cheikh Lahlou et Mohamed Brahimi, dit cheikh Kebaïli, sera déterminante, puisqu’ils l’ont encouragé et lui ont remis «d’anciennes qacidate, tout en lui donnant des conseils sur le rythme avec lequel ces textes étaient chantés». Une autre rencontre importante : celle avec «Kaddour Bachtobdji, avec lequel il a commencé à travailler en 1964». En 1968, sort son premier enregistrement «Ya Djahel leshab» et «Ya el adraâ», «les deux premières chansons de son 45 tours». Sa première cassette, «Ya rab el îbad» sort en 1982. Réputé pour sa discrétion, la dernière apparition de l’artiste sur scène remonte à 1987 à la salle Ibn Khaldoun à Alger. Il se consacrera par la suite à l’animation des fêtes familiales et au perfectionnement de son art. Il n’est plus aujourd’hui mais il nous reste son héritage, d’autant qu’il a influencé beaucoup d’artistes. Il vivra aussi longtemps que nous écouterons sa musique, et que son souvenir nous renverra à ce temps qu’il a suspendu : effluves d’un passé qui nous pousse pour vers l’avant, qui nous pousse à construire un futur avec une mémoire.

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