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mardi, 10 janvier 2017 21:46

Dalia Ghanem-Yazbeck, chercheur spécialiste du djihadisme et de l’islamisme radical au Carnegie Middle East Center : «Daech a très peu de chances de réussir toute campagne de recrutement ou de guerre en Algérie»

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C’est depuis 2004 que le chercheur se penche sur la violence politique et tente de mettre en lumière les raisons sociopolitiques qui poussent un individu à se radicaliser et à se transformer en bourreaux.

Il est évident, selon Mme Ghanem-Yazbeck, qu’il n’est pas possible « de profiler un individu et juger qu’il va être radicalisé ». « Non, chaque histoire ou récit de vie est différent », soutient-elle dans cet entretien à travers lequel elle revient également sur l’organisation terroriste Daech, le danger que fait peser la Libye sur la Tunisie et l’Algérie, mais surtout sur les risques d’une « Daéchisation du Sahel ».


Reporters : Vous êtes chercheur associée au Carnegie Middle East Center, un think-tank basé à Beyrouthavec pour principal objet de recherche le terrorisme, l’extrémisme, le djihadisme, la radicalisation, l’islamisme… Depuis quand suivez-vous et étudiez-vous ces phénomènes et pourquoi ?
Dalia Ghanem Yazbeck 2 LargeDalia Ghanem-Yazbeck : Tout d’abord, il faut savoir que le Carnegie Middle East Center étudie, entre autres, ces thématiques, mais pas seulement. Le centre, qui se penche exclusivement sur la région MENA – Moyen-Orient et Afrique du Nord, dispose de chercheurs issus principalement du Monde arabe, qui travaillent chacun sur une région : Yémen, Liban, Syrie, Irak, Tunisie, etc., avec des thèmes très différents ; cela va de la citoyenneté et éducation, mené par la directrice du centre, le docteur Maha Yahya, à la réforme du secteur sécuritaire dans le Monde arabe, projet de recherche sur lequel travaille mon confrère le Dr Yezid Sayigh. Pour ma part, je travaille sur la violence politique, l’islamisme, le djihadisme; des thématiques qui m’intéressent et que j’étudie depuis 2004, période qui avait coïncidé avec la fin de mes masters, dont l’un a été effectué à la Sorbonne, Paris I. Le second, que j’avais fait à Versailles, a porté sur la « régulation des conflits dans l’espace public », qui lui-même comportait un module intitulé « violence politique et mobilisation collective ». Cette question m’a très vite intéressée et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à étudier la violence politique en Algérie. Comme vous le savez, nous sommes issus d’une génération qui a vécu dans sa chaire la décennie noire, et je posais la question de savoir ce qui a pu arriver à mon peuple, à l’Algérie, pour basculer dans une violence extrême. A partir de là, en 2005-2006, j’ai décidé de consacrer ma thèse de doctorat à la microsociologie d’un massacre, celui de Bentalha, qui a eu lieu les 22 et 23 septembre 1997, que j’ai voulu aborder avec des interrogations très simples : de un, que s’est-il passé à Bentalha cette nuit-là, de deux, qu’est-ce qui fait que des individus, a priori « normaux », deviennent des bourreaux. C’est aujourd’hui la question de la radicalisation, un sujet que j’ai commencé à étudier en 2005 et sur lequel j’ai consacré quatre années entièrement dédiées au massacre de Bentalha. J’ai enseigné au Williams College (Massachussetts) pendant un an tout en finissant ma thèse, puis j’ai rejoint l’équipe du Carnegie avec laquelle je suis depuis 2013.

Comment mène-t-on les recherches dans ce domaine et quelle est la place accordée au terrain sachant qu’il est particulièrement dangereux ?

Nous menons nos recherches au niveau du centre via un « desk job », où il s’agit de se documenter un maximum à partir de différentes sources. A titre d’exemple, pour mon doctorat et même actuellement pour mon travail, je commence toujours par élaborer des bilans bibliographiques ; c’est-à-dire que je dois collecter tout ce qui a été écrit sur le sujet et en faire un bilan ; ou alors rassembler ce qui est en rapport avec le sujet. Ce dernier exercice s’est imposé dans le cas de Bentalha, car il y avait très peu d’écrits. Bien sûr, il existe énormément de livres qui traitent de la violence politique en Algérie, mais quasiment aucun ne traite de la radicalisation et encore moins des événements de Bentalha. Dans ce cas de figure, ce que j’ai dû faire, c’est effectuer des analogies avec ce qui a eu lieu dans l’histoire de l’humanité. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu l’étude de ce qu’on appelle encore aujourd’hui la « sociologie sale », cette sociologie qui s’intéresse aux bourreaux ; ou ceux que l’on nomme dans beaucoup de cas les « terroristes ». J’ai donc étudié en profondeur la Shoah, le génocide au Rwanda et d’autres conflits en Amérique latine. Puis place au terrain ! J’ai passé 8 à 9 mois au total sur le terrain en Algérie, où j’ai pu parler à des repentis, des survivants du massacre, des officiels de l’armée. J’ai aussi approché des citoyens. En fait, j’ai essayé de parler à des individus et des catégories différentes qui vont du citoyen au procureur, en passant par le militaire.

Qu’en avez-vous retenu ou conclu ?

Les recherches que j’ai menées sur Bentalha m’ont permis d’appréhender cette question énigmatique – que je continue à me poser aujourd’hui même – à savoir pourquoi et comment l’être humain est capable de la pire violence, quelles sont les raisons qui mènent à un individu à basculer dans la violence. J’en ai tiré plusieurs facteurs ou motivations. Cependant, il faut distinguer entre les raisons de la mobilisation et les raisons du passage à l’acte qui sont distinctes. Mon approche n’était pas mono-causale mais multidimensionnelle. Un individu peut avoir plusieurs motivations : économiques, idéologiques, politiques, psychologiques ou même philosophiques comme la quête de sens et la recherche de soi. Nombreux sont les individus que j’ai interviewés et qui étaient justement à la recherche de soi. Je me rappelle encore les 4 heures passées à discuter avec un repenti qui me laissait comprendre qu’avant le Front islamique du salut et les Groupes islamistes armés, il avait l’impression de n’être personne, d’avoir une vie vide de sens et aucun avenir. Le GIA, l’appartenance au groupe, lui a donné une image positive de soi-même, un amour et une estime de soi. L’appartenance au groupe qui transfigure le réel, l’idéalise, le sacralise était une raison capitale pour nombreux djihadistes.
Il existe bien d’autres motivations, notamment économiques, et beaucoup de jeunes ont rejoint les groupes terroristes non par conviction idéologique, dans la mesure où beaucoup n’ont jamais touché le Coran de leur vie et n’étaient, dans bien des cas, incapables de réciter le plus simple verset coranique, mais pour des considérations liées à l’argent. La recherche du gain avait motivé leur « désir de radicalité » si j’ose dire. Bien sûr, il y a les motivations politiques; la violence indiscriminée de certains membres des forces de sécurité à l’époque, loin de créer des allégeances pour les services de sécurité et l’Etat, a poussé vers la haine et une soif de vengeance que seuls les groupes rivaux (ici djihadistes) ont su attiser. Nombreux sont ceux qui, en sortant, de prison n’avait qu’un seul désir : se venger de l’Etat et de ses forces de sécurité. D’ailleurs, il est important ici de souligner que la prison a joué un rôle majeur dans la radicalisation de certains.
Ce que l’on nomme en anglais, le « profiling » n’est tout simplement pas possible. On ne peut pas profiler un individu et anticiper sa potentielle radicalisation. Chaque histoire ou récit de vie est unique. Un homme ou une femme peuvent avoir vécu les pires sévices ou avoir vécu un traumatisme et ne pas sombrer dans la violence.
Pour ce qui est du basculement dans la violence, c’est une question complexe mais je pense que le phénomène groupal a joué un rôle prépondérant dans le passage à l’acte des bourreaux. En effet, lorsqu’on se retrouve dans un groupe et que le groupe devient une sorte d’asile collectif, il devient très difficile pour l’individu de s’en dissocier. Le « moi » disparait à la faveur du « nous », c’est ce qui est appelé en sociologie le « we feeling ». Un processus de désindividualisation s’opère, où l’identité collective prend le dessus et la conformité au groupe devient la norme. Pour le dire autrement, la personnalité de l’individu se dissous petit à petit au profit de la personnalité groupale. A cela il faut ajouter la pression du groupe et le désir de conformité. Dans les groupes djihadistes, qui sont des groupes fermés, il n’est pas possible à l’individu de refuser d’exécuter un ordre quand le reste, les « frères d’arme », s’exécutent sans sourciller. C’est d’autant plus fort dans le cas des recrutements en bloc, que la politologue spécialiste des mouvements sociaux et de la violence politique Donatella della Porta a étudiés. Pour en revenir à l’exemple algérien, durant la décennie noire, des villages entiers voyaient des hordes d’hommes rejoindre simultanément les rangs des groupes armés. Ainsi les frères, avec leurs cousins, leurs amis, leur camarades de classes, voisins et autre rejoignaient les maquis ensemble. Il devient ainsi difficile pour l’individu de faire défection car elle peut être très coûteuse avec l’exécution du potentiel fugitif ainsi que les membres de sa famille. Les liens sociaux sont un antidote à la défection. Je me souviens avoir parlé à un repenti qui m’avait confié qu’au bout de six mois au maquis, il n’était plus convaincu du bienfondé de sa cause et était désabusé, il voulait quitter le groupe. Malgré cela, il est resté car non seulement il ne voulait pas « perdre la face » vis-à-vis de ses « frères d’armes » mais plus, il avait peur de se faire exécuter au cas où sa fuite n’aurait pas réussi et que l’on se venge sur les membres de sa famille qui n’avait pas fui.

Les médias focalisent l’attention du public sur Daech et occultent, le plus souvent sous la pression de l’actualité, les autres groupes djihadistes. Qu’est-ce qui fait que Daech attire plus l’attention que les autres groupes ?

Il est très difficile de connaître précisément le nombre des groupes djihadistes faute de statistiques. En revanche, ce qui est intéressant dans votre question, c’est la focalisation des médias sur Daech. C’est la première fois qu’on voit un groupe djihadiste capable d’attirer l’attention des médias comme le fait Daech et de galvaniser les foules en quelques clics. La propagande de Daech, est sophistiquée, c’est un groupe 2.0 qui a ite compris l’importance d’internet et des réseaux sociaux dans le recrutement mais aussi dans le marketing de son image. Daech a réussi à faire passer la propagande d’Al Qaïda, avec notamment les longs monologues de Ben Laden, pour une pratique « has-been ». On retrouve deux éléments cruciaux dans la propagande du groupe : l’ultra violence et les capacités régaliennes du pseudo « Etat islamique ». Au-delà de l’ultra violence qui vise à effrayer les ennemis et à renvoyer l’image d’un « Etat » fort, il y a les « State-building Activities », c’est-à-dire que l’organisation djihadiste montre qu’elle est à la tête d’un Etat qui a des fonctions régaliennes, qui a de solides infrastructures. A l’appui, on nous montre des scènes de la vie quotidienne des djihadistes affairés à réparer des centrales électriques, administrer des villes, organiser et réguler le trafic routier, etc. Donc il y a dans ces vidéos une dimension nouvelle qui relate le quotidien d’un Etat et d’une société civile. En offrant cette image d’« Etat », Daech a voulu prouver qu’il ne fait pas que détruire mais qu’il construit aussi. Cela contrebalance avec l’image et la réputation nihiliste qu’ont les groupes djihadistes. Le groupe est pragmatique : il a compris que la violence seule ne suffisait pas. Il a aussi compris la portée des réseaux sociaux et le fait que les individus qu’ils ciblaient étaient portés sur la technologie car vivent dans une époque où les jeunes sont nés quasiment avec des tablettes entre les mains. D’ailleurs, avant même la proclamation du califat en juin 2014 par Al Baghdadi, Daech avait fait un essai en mars 2014 sur Twitter, en répandant une rumeur selon laquelle le groupe allait proclamer le Califat. Le but était de sonder la réaction des gens.

Qu’en est-il des autres groupes terroristes ?
Du Sahel au Pakistan, ils sont nombreux et ont plusieurs filiales. Cependant, le groupe qui, selon moi, reste présent et que l’on ne devrait pas sous-estimer, c’est Al Qaïda. Certaines filiales comme celles au Yémen ou en Somalie ou encore en Algérie et au Sahel sont devenues plus puissantes que l’organisation mère. Pour en revenir à celle qui nous intéresse, à savoir Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI), elle est, à mes yeux, celle qui demeure la plus dangereuse dans la région car elle a affiché des capacités d’adaptation et une endurance assez intéressantes. C’est un groupe dont la genèse remonte au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même créé à l’époque à partir des restes du Groupe islamique armé (GIA). Cela étant, je pense que nous allons bientôt être témoin de la daéchisation du Sahel vu les défaites que le groupe est en train de vivre en Libye. Je pense que nombreux sont ceux qui vont vouloir revenir en Tunisie certes mais aussi ceux qui voudront aller dans le Sahel car c’est une terre fertile pour ce type d’organisation. Une fois sur place, ils trouveront les conditions adéquates pour leurs activités de recrutement et de levée de fonds. Certains groupes déjà présents sur place ne vont pas hésiter à surfer sur la vague daéchiste pour plus de publicité comme l’a fait le groupe Boko Haram l’année dernière ou plus récemment le groupe de Sahraoui. Je pense que la menace djihadiste va perdurer sous sa nouvelle forme daéchienne dans le sens où ce que Daech a réussi à faire, c’est de changer la face du djihadisme dans le monde. Alors qu’Al Qaïda s’est contenté de répandre son message (le devoir des musulmans de la terre entière de se soulever et de faire le djihad), et d’attendre que les masses « prennent leur destin en main », Daesh est passé à l’action. Il a conquis des territoires et a lancé un appel mondial aux combattants et non combattants désireux d’y vivre et de participer à la construction du califat. Et puis, Daech, contrairement à Al Qaïda, n’est pas élitiste, tout le monde peut rejoindre l’organisation, qui, d’ailleurs, à l’inverse d’Al Qaïda, n’était pas difficile à trouver, manière de dire « Venez comme vous êtes, on est en Syrie et en Irak et on vous accueillera si vous voulez être partie intégrante de notre projet ». Et ça a marché ! Les individus sont partis des quatre coins du monde rejoindre les territoires dudit « califat », femmes, hommes et parfois en familles. Il a aussi boosté les capacités des « leaderless jihadist », appelés communément et faussement d’ailleurs les « loups solitaires ».

Vous avez signé en septembre dernier un article de recherche intitulé « Les obstacles de l’expansion de Daech en Algérie » dans lequel vous affirmez que depuis l’assassinat – en septembre 2014 - du ressortissant français Hervé Gourdel par Jund Al Khilafa, « Daech ne parvient plus à mettre les pieds en Algérie ». Comment en êtes-vous arrivée à cette conclusion alors que certains « experts » n’excluent pas un possible transvasement de la Libye vers l’Algérie ?
Depuis la proclamation du califat en 2014 jusqu’à l’enlèvement du ressortissant français, Hervé Gourdel et son exécution, quelles sont les opérations qu’a menées Daech en Algérie ? Aucune. Le groupe s’est contenté de lancer des messages de propagande et de menacer l’Algérie dans des vidéos d’une piètre qualité ou dans des messages audio. Aucune action d’envergure n’a suivi ces menaces. Daech n’est pas parvenu à mobiliser les jeunes en Algérie comme il a pu le faire en Irak, en Syrie ou en Libye. Les raisons en sont multiples, à leur tête l’expérience de la décennie noire. Les Algériens sont restés profondément choqués de l’expérience des années 1990. Il n’y a pas un seul Algérien qui puisse dire aujourd’hui ne pas avoir été touché par cette guerre. Il y a aussi les flux d’images qui arrivent chaque jour d’Irak, de Syrie et de Libye et qui sont autant de piqûres de rappel. C’est pour cette raison que la campagne de recrutement de Daech a lamentablement échoué. Il n’arrive pas à mobiliser les foules. Daech a très peu de chances de réussir toute campagne de recrutement ou de guerre en Algérie. D’autre part, la corde sensible sur laquelle joue Daech, à savoir la polarisation binaire sunnite-chiite, ne peut pas fonctionner ici car la composition confessionnelle du pays est homogène. Enfin, lorsque nous voyons où Daech a réussi, comme en Libye ou en Irak, qui sont des « Failed States » – Etats effondrés – il lui sera très difficile de réussir dans un pays comme le nôtre où l’Etat et ses institutions sont forts et où les forces de sécurité sont remarquablement équipées et disposent de plus de dix ans d’expérience en matière de contre-terrorisme. Il va sans dire que le risque zéro n’existe pas et donc nul n’est à l’abri d’une attaque mais ce sera tout ce que le groupe pourra faire. Conquérir des territoires en Algérie comme il l’a fait en Syrie ou en Irak est de l’ordre de l’impossible en Algérie.

Sur Daech toujours, des observateurs estiment que ce qui se passe en Syrie, en Libye et à Mossoul en Irak sont des signes annonciateurs du déclin, voire de la fin de ce groupe autoproclamé. Etes-vous d’accord ? S’il y a un après-Daech, comment le sera-t-il pour la sphère djihadiste ?

L’histoire nous a montré que même si nous combattons militairement les groupes terroristes, leur idéologie subsiste. L’idée demeurera. Nombreux sont les individus qui croient que la Oumma est opprimée et qu’il n’existe aucune autre alternative au djihadisme, à la violence, qui sont les seules solutions. Certains avaient prédit la fin d’Al Qaïda avec la mort de son leader Ben Laden. Or, non seulement l’organisation n’a pas disparu mais en plus certaines de ses filiales ont une véritable force de frappe. Pour en revenir à l’histoire de l’Algérie, quand le GSPC est né des restes du GIA, plusieurs djihadistes ont été neutralisés ou abattus, d’autres ont été emprisonnés ou ont fui ; c’est le cas de Mokhtar Belmokhtar, qui s’est échappé. Il a quasiment disparu des radars des services de sécurité et de renseignements pour réapparaître quelques années plus tard et frapper le cœur économique du pays avec l’attaque de Tiguentourine, à In Amenas, en 2013, à la tête d’Al Mourabitoune, un commando multinational qui compte des Libyens, des Tunisiens, des Mauritaniens qu’il a eu le temps de recruter lorsqu’il s’était rendu partir au Mali, au Niger, où il a renforcé son réseau ainsi que ses connexions avec d’autres groupes, a amassé de l’argent, des effectifs… Je pense que c’est ce qui va arriver avec les djihadistes de Daech. Il y aura ceux qui seront éliminés ou emprisonnés, ceux qui pourront disparaître des radars et réintégrer leurs sociétés respectives et essayer de re-vivre normalement et ceux qui iront trouver refuge dans d’autres régions et vont se recycler dans d’autres activités djihadistes ou criminelles, voire les deux à la fois. Je reste persuadée que le Sahel est une option autant que l’Asie d’ailleurs. Daech tel qu’on le connaît aujourd’hui ou plutôt son califat en Irak et en Syrie va sans doute disparaître, mais il va revenir sous d’autres formes. La mutation est une question de temps.
Pour ce qui concerne l’Algérie, le pays a tout intérêt à trouver une solution sécuritaire en Libye afin d’éviter un déversement de djihadistes sur le sol algérien. C’est valable pour la Tunisie. Il faut garder en tête surtout que l’Algérie partage quelque 6 000 kilomètres de frontière avec sept autres pays, et il est très difficile de garder et de surveiller des frontières réputées poreuses. Hormis l’Algérie, il n’y a aucun autre Etat de la région qui possède les mêmes capacités antiterroristes et la même expérience. Malheureusement, cela ne suffit pas, il faut plus de coopération entre les Etats sahéliens en matière de sécurité, mais surtout il faut que les conditions qui font du Sahel une terre fertile aux activités djihadistes, à savoir l’extrême pauvreté, la marginalisation, l’exclusion, les conditions socio-économiques désastreuses, le manque de gouvernance, soient au plus vite réglés. 

Dernière modification le mercredi, 11 janvier 2017 11:37

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