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lundi, 08 janvier 2018 06:00

Boualem Aliouat, vice-président du Conseil africain de l’entrepreneuriat et de l’innovation, professeur des universités (France) : «La monnaie, le crédit et l’adoption du financement non conventionnel, s’ils sont nécessaires, ne changeront pas tout e

Écrit par Mouna Aïssaoui
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Dans cet entretien, le professeur Aliouat donne son avis sur plusieurs questions économiques d’actualité qui marquent la conjoncture actuelle du pays, à commencer par les dernières mesures prises par le gouvernement pour faire face à la crise financière. Il réagit également à la loi de finances 2018, les dernières réformes financières et la dévaluation du dinar.

Reporters : Pour faire face à la crise financière, le gouvernement a adopté de nouvelles mesures économiques. D’abord, quel commentaire faites-vous sur la situation économique de l’Algérie actuellement ?

Boualem Aliouat : Globalement, la situation économique et financière du pays est très anxiogène. Même si le gouvernement vient d’annoncer une hausse de 21% en 2017 comparé à 2016, la baisse des revenus des hydrocarbures est chronique et s’avère très critique pour un pays concentré sur un faible nombre d’activités exportées ou exportables. L’inflation galopante, l’informel persistant a des niveaux incommensurables, la dévaluation du dinar, la privatisation des entreprises publiques dans l’opacité, l’absence d’innovation significative, le déficit des ressources humaines à fort potentiel, la faible attractivité des IDE, le faible degré de facilitation entrepreneuriale et l’incapacité des entreprises privées algériennes à se substituer à la rente pétrolière sont les signes avant-coureurs d’une grave crise économique à venir. La croissance des recettes fiscales, la relance des dépenses publiques et l’activation de la «planche à billets» ne masqueront qu’un temps seulement la gravité de la crise algérienne. La récession, voire la dépression économique sont inévitables à terme. Le pouvoir d’achat des Algériens va connaître une décroissance en dents de scie. L’inflation va en effet impacter le pouvoir d’achat du citoyen, mais aussi certains marchés comme l’immobilier par manque de disponibilités financières, faisant du même coup remonter le pouvoir d’achat des citoyens mécaniquement sur un poste budgétaire important, jusqu’à ce que cette courbe s’écrase sur le moyen-long terme du fait de la montée du chômage des jeunes et d’un grand nombre de faillites de jeunes entreprises et de PME. Déficits publics et érosion des réserves de change ne font pas bon ménage dans un pays où les entreprises ont un très faible degré de compétitivité internationale. Par ailleurs, la situation énergétique du pays est inquiétante, on ne pourra pas indéfiniment produire de l’électricité bon marché avec le gaz national, d’autant que la population connait une croissance importante depuis 20 ans. Là encore, l’engagement effectif du pays dans les énergies renouvelables est en réalité moins important que les plans ne le prédisaient pour l’horizon 2020.
A mon sens, tant qu’en Algérie on ne prendra pas au sérieux les questions liées à la gouvernance, rien ne s’arrangera. Pire, la mauvaise gouvernance aura des conséquences catastrophiques et irréversibles sur la situation économique. Aujourd’hui, la distribution du pouvoir, non seulement n’est pas claire, mais présente aussi des symptômes très inquiétants de jeux de pouvoirs paralysants. Les jeux d’acteurs dans l’échiquier politique et le partage de la rente ont pris des proportions excessivement dangereuses pour l’avenir du pays. Il ne semble pas y avoir de consensus politique sur l’avenir du pays, sur la conduite à tenir, sur les intérêts du citoyen, sur le modèle économique à définir et le modèle de société à construire. Les lobbys et les centres d’intérêts individuels ne cessent de contrarier le cheminement du pays dans une trajectoire transparente et positive. Pire encore, les contre-pouvoirs rééquilibrant n’existent plus. Des parties prenantes par nature, et par nécessité, opposées pour l’équilibre de l’ensemble, apparaissent désormais embarquées dans les mêmes visions et pratiques. Syndicats de salariés et mouvements ou syndicats patronaux présentent un ensemble aux frontières poreuses comme si le modèle social proposé au peuple algérien n’avait pas besoin de débats, de confrontations et d’inclusion. Les autorités politiques donnent à leur tour le sentiment d’être devenues de simples chambres d’enregistrement. Loin de leur rôle naturel de régulateur, elles semblent sommées de se conformer aux intérêts des lobbys. La pression visible qui pèse sur les gouvernements successifs donne le sentiment d’un navire sans gouvernail. C’est de là que vient l’aléa moral de certains opérateurs économiques qui, sans régulation prévisible, sans autorité politique visible, sans gouvernance claire et robuste sur ses bases, se lancent dans des actions, des pratiques et des comportements dont les ressorts ont un impact nocif sur l’économie dans son ensemble et sur le moral des Algériens en particulier. Corruption, pressions morales, économie informelle, pratiques discriminatoires et déloyales, fraudes, surfacturations… ne sont que les conséquences d’une gouvernance qui pratique la politique de la chaise vide, elles sont aussi la cause de l’échec de toutes les réformes qui ont été ou seront engagées en Algérie. Tout ce qui est écrit et prévu dans les plans, programmes ou lois de finances relève de la pure spéculation, seul compte ce qui sera effectivement mise en œuvre sur le terrain, et nous sommes souvent très loin des intentions premières ou de la communication de ces intentions. D’ailleurs, comme on vient encore de s’en rendre compte, les mesures prises en matière de licences par le gouvernement Ouyahia sont à nouveau mises à mal parce que soit elles sont dictées par des lobbys, soit elles déplaisent à d’autres opérateurs économiques. Ces licences seront désormais accordées aux enchères, donnant le sentiment encore que le gouvernement navigue à vue et sans aucune mesure réelle de l’impact de ses décisions. Ces opérateurs économiques algériens qui revendiquent l’application des règles capitalistes du marché ont tendance à abuser ou détourner ces mêmes règles à leur seul profit. Toute la question est de savoir qui prend les décisions politiques ? Qui édicte les projets de lois ou textes réglementaires ? Qui gouverne la politique économique du pays ? Sans mesure claire et irréversible en matière de gouvernance inclusive, le pays ne connaîtra aucune rémission sérieuse. La question n’est plus de savoir si la situation est bonne ou mauvaise, ni de savoir quelle est la voie à prendre, car nous connaissons tout cela et il y a consensus sur les problèmes et les solutions à adopter, mais la question est davantage de savoir qui prend l’initiative et les commandes des programmes idoines. C’est là que le bât blesse en Algérie. Les divisions au sommet politique laissent le champ libre à toutes les dérives sur le terrain, au détriment des règles élémentaires du marché.


Que pensez-vous des différentes mesures prises jusque-là ?
Les mesures qui ont été prises à ce jour ne s’apparentent à mes yeux qu’à des mesures de tâtonnement réactif à des situations graves qui nécessitent un programme de grande envergure. Nous sommes toujours dans la réactivité timide et peu créative. Un manque de courage politique, un manque de vision et peut-être aussi un manque de compétences dans le domaine de la gestion moderne des économies d’aujourd’hui. Nous sommes trop dans la défensive et pas assez dans l’offensive créative et innovante. Un vrai problème de génération se pose dans la gestion des organisations et des institutions en Algérie. Au lieu de compter sur ses générations nouvelles et ses compétences en réseau à l’étranger, l’Algérie continue de fonctionner en vase clos, rétive à tout renouvèlement, à toute innovation, comme si elle demeurait une exception dans le concert international des nations. Ça aussi, c’est un fantasme qui perdure en Algérie. Nous serions une nation d’exception… qui a nécessairement un destin, un fonctionnement, un modèle, une vision et des projections d’exception. Il faut que tout un chacun réalise que ce fantasme n’a été entretenu que pour faire perdurer une situation qui frise le surnaturel économique et politique, et faire prendre patience devant l’exigence rationnelle de changement. En Algérie, on se joue constamment des spécificités culturelles des citoyens. On sait que les Algériens sont dans le respect des anciens, des acquis de la révolution, de l’identité religieuse, de l’aversion pour le risque et la crainte des projections dans l’avenir ; qu’ils sont dans le relationnel plus que dans le rationnel, qu’ils sont dans le besoin fort de sécurisation (sociale, sociétale, entrepreneuriale), alors on lui a dessiné une société à cette image, quitte à lui confisquer ses libertés individuelles, ses ambitions et ses acquis révolutionnaires. C’est la raison pour laquelle toutes les mesures prises tentent de concilier la culture de la rente et l’exigence d’un redéploiement économique. On dévalue le dinar, mais on prend soin de ne plus importer ; on liquide les entreprises publiques qui occupent des centaines de milliers d’emplois, mais on opère un transfert de responsabilité auprès des entreprises privées… Bref, on se rabougrit quitte à faire du pays un village refermé sur lui-même. Quid des pénuries à venir quand on sait que pas plus de 10% des produits interdits à l’importation n’ont pas d’équivalent de substitution en Algérie ? Pourquoi limiter l’expansion des entreprises algériennes qui ont des potentiels d’exportation, mais qui dépendent surtout de composants fabriqués à l’étranger ? Y a-t-il, en Algérie, une taille critique d’entreprise à ne pas dépasser sous peine de sanction morale et pression d’Etat ? Le marché est-il réservé à quelques partenaires privés d’un quelconque cercle ?
Dans l’ensemble, les autorités politiques manquent terriblement de compétences de niveau international dans le domaine de la finance, des stratégies d’entreprises et des usages de bonne gouvernance. Les montages financiers internationaux, les subtilités des opérations de transfert de capitaux et de dividendes, les opérations de facturation, les méthodes d’évaluation et de cession des actifs, les opérations de cession interne et externe, les alliances stratégiques, les pratiques transfrontalières… sont très mal maîtrisés par les fonctionnaires d’Etat qui bien souvent voient de nombreuses opérations échapper à leur contrôle ou prennent des décisions qui vont à l’encontre de l’intérêt national. Donc, quelles que soit les mesures prises par le gouvernement, leur application sera toujours très compliquée à mettre en œuvre. D’où la quasi-totale mainmise de certaines organisations professionnelles sur la direction politique du pays, non comme simples lobbyistes ou parties prenantes des décisions, mais comme de véritables décisionnaires et auteurs de programmes faisant et défaisant le paysage économique au gré d’opportunités propres. Sans vision politique claire, transparente et prévisible, les opérateurs économiques n’ont pourtant eux-mêmes aucune visibilité sur l’avenir. Les investisseurs étrangers, depuis 2009, doutent de plus en plus des potentiels algériens et le magazine américain «Forbes and Control Risks» vient de classer l’Algérie dans le top 30 des pays dans lesquels il était risqué d’investir, sans compter sa dégringolade épique dans le classement «Doing Business» de la Banque mondiale. A ce titre, les investisseurs de la diaspora qui sont invités à investir en Algérie, ou à placer leur argent dans de futurs guichets de banques algériennes situées en France, doutent tout autant de l’opportunité d’une telle incitation. Après le vote l’article 51 de la constitution, la diaspora sait qu’elle ne représente plus qu’une vache à lait aux yeux des autorités politiques, sans considération pleine et entière de leur citoyenneté.


Quel commentaire faites-vous également sur la loi de finances 2018 qui fait encore débat et est-ce que vous partagez l’avis de certains experts qui craignent des répercussions sur le pouvoir d’achat?
La loi de finances 2018 s’annonce comme une loi raisonnable et ambitieuse de croissance (4%), la limitation des dépenses publiques étant essentiellement réservée aux équipements au profit notamment des entreprises locales. Mais ces mesures sont principalement prises en charge par le financement monétaire du déficit public à hauteur de 1800 milliards de dinars en 2018. Si ce type de loi de finances devait devenir la règle, l’inflation algérienne serait sans fin jusqu’à épuisement critique du pouvoir d’achat des citoyens et disparition totale de la classe moyenne qui est pourtant le moteur de la consommation locale et le poumon de l’économie. L’année 2017 a été, de ce point de vue, catastrophique pour les profits des entreprises locales qui ont quasiment toutes essuyé des pertes considérables. Ce phénomène ne sait pas vu dans les faits car beaucoup d’entreprises n’auraient fait apparaître des profits artificiels que dans l’objectif de rassurer les banques et préserver leur ligne de crédit. La crise est généralement bien masquée en Algérie de la même façon que les embellies sont souvent soigneusement minimisées. De la même façon, les chiffres de l’ONS en ce qui concerne le taux de chômage de 11,7% en septembre 2017 ne disent rien ou presque sur la réalité sociologique et économique du chômage en Algérie. Les jeunes et les femmes sont plus durement touchés par le chômage. Le nombre d’emplois improductifs est faramineux, celui des fonctionnaires et des agents contractuels n’a plus aucun sens. Si on devait rehausser les chiffres du chômage en tenant compte de l’illusion de la dépense publique, des avantages fiscaux et des intérêts bonifiés, des emplois improductifs, de la véritable comptabilisation de la population active, notamment féminine, à l’instar des pays industrialisés, on arriverait à des taux de chômage effrayants de l’ordre de 35 à 40%. Avoir une image réelle de l’économie algérienne relève parfois de la divination. D’ailleurs, il faut souligner qu’aucun ministère ne dispose d’informations fiables sur la situation qui relève de son périmètre de projet et de ses prérogatives. Aucune cartographie fiable n’est à leur disposition. Ils dépendent le plus souvent d’informations erronées remontées de leurs propres administrations ou de données publiques qui elles-mêmes sont souvent biaisées, parfois intentionnellement ou mal intentionnellement. Certains ministres et hauts fonctionnaires sont quasiment les otages d’une information minimaliste et d’un déficit chronique de fonctionnaires très compétents. Certains hauts fonctionnaires sont parfois rappelés comme consultants après leur mise à la retraite pour pallier cette carence. D’où la perception constante que les ministres naviguent à vue et sous contraintes anxiogènes. Cela ne rassure pas l’observateur extérieur et le citoyen algérien.
Les répercussions de ces mesures sur le pouvoir d’achat s’observent déjà, sur des biens de consommation courante (alors que les produits existent encore en abondance sur le marché) et les hydrocarbures dont les hausses de prix sont prévues à l’article 33 de la loi de finances 2018, et cela n’ira pas en s’arrangeant. Toutes les mesures sont présentées comme des mesures d’urgence, de rattrapage et de redéploiement des investissements nécessaires, assorties de transferts sociaux (1 760 milliards de dinars pour 2018) limitant leur impact sur certaines classes sociales défavorisées, mais je pense qu’elles demeurent assez abruptes pour une société qui n’a pas été préparée à cette réalité nouvelle… à force de lui répéter que tout va bien. La pénurie sur certains produits est à prévoir, et cela renforcera le marché informel (on parlait autrefois du marché noir). Cette loi de finances laisse revenir un spectre oublié en Algérie, celui d’une économie planifiée source de manques et de frustrations. Le malaise social s’installe durablement.
Un grand nombre de rendez-vous manqués a été observé depuis près de 20 ans. On a acheté la paix sociale avec des hausses de salaires irrationnelles et des politiques subventionnaires irresponsables en plus d’être inefficaces. Aujourd’hui, on joue sur la fibre sociale et culturelle pour apaiser les foules. Les flagorneries à l’endroit des populations kabyles touchent au ridicule. Qui sait si cela marchera ? C’est peut-être dans les vieilles marmites que l’on prépare les meilleurs plats. La propagande a sans doute de beaux jours devant elle.


Le secteur financier connaît également des changements avec la révision de la loi sur la monnaie et le crédit, et l’adoption du financement non conventionnel. Est-ce une bonne décision à votre avis?
Le financement direct du Trésor auprès de la Banque d’Algérie a été conçu pour garantir le maintien de la dynamique de développement économique et social. Mais, c’est l’autonomie de la Banque centrale et la loi sur la monnaie et le crédit, en organisant la séparation entre le gouvernement (le Trésor) et la Banque d’Algérie, qui ont permis à l’Algérie d’éviter une inflation à deux ou trois chiffres qui aurait aggravé la sphère informelle. La remise en cause de cette autonomie a donc de quoi inquiéter. La politique monétaire non conventionnelle d’injections massives de liquidités dans le système financier est à mon sens dictée par des circonstances exceptionnelles qui la justifient, notamment par le risque d’apparition d’une forte déflation et d’une crise de confiance du secteur financier. On va inciter les banques à se lancer dans des opérations de refinancement à long terme. Les mesures non conventionnelles sont en principe des mesures temporaires destinées au soutien au crédit bancaire et à la liquidité sur le marché monétaire. Toute la question est de savoir si ces liquidités iront bien à des marchés structurés à fort potentiel de création de valeur. Ce qui est largement mis en cause du fait de la structure du marché en Algérie et de ses faibles potentiels de création de valeur par l’innovation et la compétitivité internationale des entreprises locales peu préparées ou incitées à l’exportation.
A la vérité, la monnaie, le crédit et l’adoption du financement non conventionnel s’ils sont nécessaires, ne changeront pas tout en Algérie, car les marchés ne sont pas matures. Le pays a besoin d’une économie fondée sur la production, les services, l’exportation et l’innovation. Elle a besoin de la mise sur pied de structures qui favorisent les mises en réseau de compétences. Les miracles industriels étrangers ne s’expliquent pas que par des mesures monétaires et financières, loin s’en faut. Nous sommes désormais à l’ère du leadership des pays qui ont fait le choix de favoriser l’émergence de milieux innovants collaboratifs (districts, clusters, parcs d’activités, parcs technologiques, plateformes industrielles intégrées, filières ou pôles de compétitivité). Depuis plus de 30 ans, on voit naître des initiatives en ce sens dans des Etats dont les gouvernants ont bien compris que la compétitivité s’inscrit d’abord dans une dynamique territoriale de mise en réseau d’opérateurs économiques pour optimiser l’attractivité des compétences, des ressources, des investissements et des financements, mais aussi pour réduire les coûts et spécialiser les secteurs. Ces Etats ne soutiennent plus des entreprises au cas par cas, ou des secteurs de manière indifférenciée, mais davantage des stratégies sectorielles à chaque fois que leur contribution au PIB, au développement ou à l’emploi augmente de manière significative lorsque les opérateurs et parties prenantes sectoriels travaillent dans un esprit et des projets collaboratifs. De ces initiatives naissent de nombreuses start-up innovantes. 10 000 start-up, seules, créent 1 million d’emplois et 10 milliards USD de richesse supplémentaire sur le marché. Si on met de côté la puissance commerciale et industrielle qu’a procurée le plan Marshall d’après-guerre aux USA, le récent miracle américain tient surtout à la prise de conscience, dans les années 1970, que l’économie n’était plus celle des managers, mais celle des entrepreneurs et des innovateurs. Le pays prend aussi conscience que l’innovation collaborative crée un dynamisme et des effets d’échelle cumulatifs inépuisables. La Silicon Valley est l’exemple emblématique de ce constat. Créée à l’initiative de Fred Terman, vice-président de l’Université de Stanford qui demeure le centre de recherche majeur de la Silicon Valley, le cluster a d’abord permis la naissance d’Hewlett Packard qui en est devenu la firme pivot. Un processus cumulatif sans limites - le financement de la recherche par sa valorisation industrielle - s’est ensuite instauré autour de ce binôme, agglomérant de nombreuses entreprises et centres de recherche aux plans régional et mondial, comptant parmi les leaders incontestés des hautes technologies. L’Espagne et les pays asiatiques ont emprunté le même chemin en autonomisant fortement leurs territoires, leurs régions. Dans les pays nordiques, se sont créés des écosystèmes d’affaires où toutes les PME sont affiliées à des réseaux au service d’une firme dominante comme ce fut le cas du finlandais Nokia ou du suédois Ericsson. Mais c’est aussi le cas de Apple ou Google (androïd) aux USA. De même qu’en Corée du Sud ou au Japon, toutes les firmes sont en réalité inter-reliées autour des leaders. La France, qui peinait à faire face à la concurrence asiatique sur les coûts et à la concurrence germanique sur la performance technique des produits, a pris conscience assez tard de l’intérêt de s’inscrire dans une logique de compétitivité des nations en favorisant le maillage des compétences dans des dynamiques de territoires. Ce n’est qu’en 2005 que le dispositif français des pôles de compétitivité est mis en place. Cette initiative «top down» de l’Etat consiste à mettre en réseau trois types d’acteurs (formation-recherche-entreprises) pour renforcer sa compétitivité de demain. Les universités, les Ecoles d’ingénieurs, les PME, les grandes entreprises, les laboratoires et centres de recherche sont désormais sommés de travailler ensemble et avec des projets communs. Les zones de convergences d’intérêt et de visions ne sont pas simples à décréter, mais dans l’ensemble, ce dispositif est un succès car les grandes entreprises sont désormais plus innovantes, les PME deviennent des ETI et les start-up pullulent. Alors que l’initiative algérienne du Cyberparc de Sidi Abdallah a connu l’échec que l’on connait par méconnaissance des ressorts qui font le succès de tels réseaux. Le miracle italien est un autre exemple intéressant, et tient à plusieurs raisons. D’abord, des raisons culturelles : en Italie, le degré de parentalité est très important, les opérateurs économiques se développent souvent dans des sphères de confiance familiale, et ne font pas confiance à l’Etat pour ce qui est de leur développement économique. C’est ce qui explique qu’en général les grandes entreprises italiennes ne sont pas publiques, mais privées (sauf cas de l’industrie lourde). Ensuite, sur le plan historique, l’Italie a bénéficié du grand plan Marshall au lendemain de la guerre, en 1951, pour un montant de 12 milliards de dollars. Autre point important, les autorités politiques ont décidé de diversifier l’économie, essentiellement agricole, vers des secteurs industriels qui correspondaient à des opportunités de demandes fortes à l’international et la fin du protectionnisme a donné raison à cette politique. L’Etat italien a ensuite fourni de l’acier bon marché à ces industriels (à travers sa holding IRI) grâce à la découverte de pétrole et de méthane dans la région de Pô et à la construction d’une industrie sidérurgique moderne et compétitive. Le marché commun européen a fait le reste, et les industriels italiens qui avaient réussi à développer des compétences fortes ont largement profité d’une conjoncture internationale qui leur était favorable. Tous ces points, toutes ces opportunités, l’Algérie les a connues mais n’a jamais su en tirer parti. Ce n’est qu’en structurant sa compétitivité selon des normes internationales que l’Algérie s’en sortira, et non pas en injectant sans cesse des ressources et liquidités dans des paniers sans fond qui vouent tous les programmes politiques à des échecs cuisants à moyen et long terme. Il faut faire évoluer la culture des entreprises dans le sens du soutien à l’innovation et ne plus compter exclusivement sur l’Etat qui ne peut plus supporter les coûts des grands projets de recherche qui profitent exclusivement aux entreprises. C’est ça le financement de la recherche par sa valorisation industrielle. Au demeurant, le marché algérien étant trop étroit pour favoriser l’émergence de grandes entreprises innovantes, le pays doit impérativement déployer son industrie avec le souci d’une compétitivité internationale et de ses capacités à l’exportation pour développer une industrie diversifiée à la fois efficiente et de qualité. Et posons-nous les bonnes questions d’urgente nécessité : Peut-on encore ignorer les réseaux internationaux naturels à travers sa diaspora ? Peut-on encore ignorer le potentiel d’innovation qui naît de la collaboration entre universités, Ecoles et entreprises ? Peut-on encore se permettre d’ignorer les règles élémentaires des marchés à l’international, en perpétuant le triptyque contreproductif de l’équation «clientélisme/fermeture du marché/dépendance technologique» ? 

 

Le dinars continue sa dégringolade face au dollar et l’euro, pourquoi à votre avis?
Comme je le disais, le dinar a de tout temps été surévalué. Les grandes compagnies ont d’ailleurs toujours pratiqué des prix qui tenaient compte de cette réalité. Chacun pourra en faire l’expérience en comparant les tarifs pratiqués par Air Algérie sur son sol national par rapport à ceux pratiqués à l’étranger ; on se rendra vite compte que la compagnie tient compte d’un cours qui n’a rien à voir avec le cours officiel. La dévaluation structurelle du dinar était donc dans les prévisions de tout expert, et avant même la récente remise en cause de l’autonomie de la Banque centrale. D’ailleurs, si l’Algérie n’est pas dans l’OMC, cela s’explique aussi par les contraintes trop fortes exercées sur sa monnaie par les institutions internationales.
La politique de la planche à billets pour faire face à la baisse de revenus pétroliers et gaziers n’a fait qu’aggraver cette dévaluation en organisant littéralement la volatilité et les spéculations sur la monnaie. Les Algériens, du simple citoyen aux élites de la nation, se sont ensuite précipités sur le change parallèle et ont organisé malgré eux l’une des dévaluations informelles du dinar parmi les plus importantes de son histoire depuis l’Indépendance. Aujourd’hui, le marché parallèle est à bout de souffle et une pléthore de faux billets inonde les places de change informelles comme Square Port Saïd érigé en véritable bourse du marché noir de la devise étrangère. A toute chose malheur est bon, cela devrait stopper un temps l’hémorragie. Mais un temps seulement, car de nombreux Algériens encore sont inquiets pour leur avenir et tourmentés par la mise en sûreté de leurs biens dans un environnement international. Un dinar faible est le corollaire non seulement d’une économie faible, mais aussi d’un environnement anxiogène qui offre peu de perspectives d’avenir à ses citoyens. Je me souviens, pour y avoir été, qu’en 1990, lorsque Lech Wałe sa prend le pouvoir en Pologne et qu’il décide de geler les avoirs des citoyens polonais, plongeant le pays dans des pratiques de change informel sans précédent, les citoyens polonais se sont retrouvés complètement ruinés par la dévaluation vertigineuse du zloty… après avoir obtenu des augmentations de salaires durement acquises sous le coup de pressions syndicales. Les leçons de l’histoire sont toujours bonnes à prendre pour l’Algérie qui doit voir dans cette dévaluation le signe avant-coureur de grandes difficultés économiques à venir et de pauvreté galopante.
La limitation des importations par la Banque d’Algérie aura eu le mérite, pour de mauvaises raisons, de limiter l’hémorragie du dinar en limitant la demande en euros. Mais cette mesure n’aura pas d’effets à long terme, voire elle aggravera la situation, car elle part du principe que le change n’est justifié que par l’échange, alors qu’en pratique, le change est aussi une mesure de sauvegarde de biens dans un environnement où l’incertitude est devenue la règle. Toute politique de renferment économique, de protectionnisme, sans contrepartie substitutive, a un impact négatif sur le marché, aggravant la taille des circuits informels qui nécessiteront la possession d’une monnaie forte. Voilà comment, en voulant stopper l’hémorragie, on en aggrave les symptômes. Mais là encore, il est nécessaire d’établir des mesures d’impact pour tout texte de loi ou règlement pris en Algérie, et non pas laisser à des lobbys clientélistes le soin d’organiser en coupes serrées la politique économique du pays imposée ensuite par autoritarisme. L’Algérie a besoin d’un régulateur fort, visionnaire, ambitieux, créatif et planificateur qui agit dans les règles de la bonne gouvernance fondée sur la concertation effective et inclusive des intérêts de toutes les parties prenantes. Nous en sommes hélas très loin avec la pratique de tripartites qui s’apparentent davantage à des conciliabules de démocratie de façade, et qui donnent lieu aujourd’hui d’ailleurs à des répliques parallèles écartant les politiques eux-mêmes du dialogue comme c’est le cas du FLN qui agit en parallèle et fait planer le doute sur la stabilité de la présente équipe gouvernementale. Il y a tant d’épées de Damoclès suspendues dans ce pays qu’on en voit plus le ciel. 

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