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mardi, 06 février 2018 00:09

Amar Benaouda : un nationalisme sans rivage

Écrit par chafik benhacen
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Benaouda Benmostefa dit Amar Benaouda, vient de disparaitre à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Natif d’Annaba en 1925, il était l’un des trois survivants du groupe des « 22 », rassemblés en juin 1954 par Mohamed Boudiaf au domicile de Smaïn Derrich, au Clos Salembier, et qui avait pris la décision historique du lancement de l’insurrection contre l’ordre colonial.

Etait-il, comme le suggère la légende, l’héritier d’une famille de notables de la confrérie El ‘Alaouia, suspectée d’avoir comploté l’assassinat de Cheikh Abdelhamid Ben Badis ? Mais il fut de manière certaine un enfant précoce qui allait forger son destin dans les rangs du scoutisme musulman dans sa ville natale, haut lieu de la puissance coloniale.
Amar Benaouda, homme pieux au demeurant, entre tôt dans les rangs du PPA et dans le nationalisme, comme on entre en religion. Il paiera cet engagement au prix de mille tracasseries et d’un premier séjour en prison. Militant de l’Organisation spéciale (OS), il subira le contre coup de l’affaire Khiari et de son démantèlement en 1950. Arrêté, il est détenu avec d’autres compagnons de l’organisation à la prison d’Annaba. Il rapportera, dans l’un de ses témoignages publics, et avec quelle minutie, Si Ahmed, Zighoud Youssef à l’état civil et forgeron de métier, confectionnera la clé qui leur ouvrira les portes de la prison. Comme Zighoud, Bentobbal et d’autres militants de l’OS ayant échappé à la répression, Amar Benaouda entre en clandestinité, séjourne un temps dans les maquis des Aurès et prend part à l’historique rencontre de juin 1954 – qui rassembla une partie des clandestins de l’OS – plaçant alors toute son existence sous le signe du Front de libération nationale. Témoin prolixe et ne dédaignant pas la polémique, Amar Benaouada rapporte ainsi une version de l’intégration de la Kabylie dans les débuts de l’insurrection -il aurait saisi Didouche de l’obligation d’associer les Kabyles1 - qui est contredite par la biographie que consacre Amar Hamdani à Krim Belkacem2.


1- Des « 22 » à la 2
De même, soutiendra-t-il, que Abderrahmane Gherras, ancien chef de l’arrondissement de Constantine de l’Organisation spéciale et détaché par le parti en France, aurait refusé de se joindre à la réunion des « 22 » dont il n’avait eu, en fait, connaissance que tardivement par l’intermédiaire des Constantinois qui y avaient pris part3.
L’engagement d’Amar Benaouada dans les rangs de l’ALN dans la Zone 2 du nord constantinois sera profondément et durablement marqué par sa proximité avec Si Ahmed Zighoud. Il fera partie de l’encadrement de la Wilaya II, avant d’être chargé de l’épineuse question de l’armement dans ce qui devait devenir la base de l’Est. Il fera ainsi partie de la garde rapprochée de Zighoud lors de la tenue du Congrès de la Soummam et sera l’un des porte-parole de ce qui ce l’on nommera « les Novembristes » qui récusaient les choix d’Abane, notamment l’intégration des centralistes et d’Abbas et de ses amis dans la direction du FLN.
En juillet 1985, il donnera un témoignage éclairant sur l’évènement et rapportera les échanges avec Zighoud sur les options retenues au Congrès. « Je lui avais dit, pourquoi Si Ahmed as-tu voté pour un programme que tu avais contesté tout au long du Congrès ? Et il m’avait répondu, c’est le prix à payer pour avoir une direction légitime de la Révolution »4.
De la même façon, Amar Benaouda relate son échange avec Abane au terme du Congrès, auquel il avait notamment reproché « l’intégration au sein de la direction de ceux qui nous combattaient le 1er novembre. Abane m’avait répondu, tu penses à Abbas ? On aura besoin de lui à l’extérieur et on ne pouvait laisser la France en faire second Bao Dai »5.
Au cours de ce même Congrès, Amar Benaouda fera aussi des révélations sur l’assassinat d’Alloua Abbas lors des opérations du 20 Août 1955 dans la ville de Constantine. Il reviendra, par ailleurs, sur le tournant historique de l’offensive du nord constantinois d’août 1955 dans des entretiens de presse ou des contributions dans les colonnes de journaux algériens.
A Tunis, il s’associera à la défense du CCE contre l’entreprise dissidente menée par Ahmed Mahsas pour le copte de Ben Bella. Son engagement lui vaut de figurer au sein du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) et de faire partie de la délégation algérienne aux négociations d’Evian.


2 – Un haut commis de l’Etat
A l’Indépendance, il intégrera les appareils de l’Etat et du FLN et exercera différentes responsabilités, notamment d’attaché militaire auprès de l’ambassade algérienne à Pékin et au niveau de la Cour des comptes. L’une de ses responsabilités les plus visibles aura été la charge de Maître de cérémonie de l’Ordre algérien du mérite institué par le président Bendjedid. Sa dernière sortie publique date de 2014, où il avait pris part au Colloque international organisé par l’université 20-Août-1955 de Skikda en hommage à Si Ahmed Zighoud.
En dépit de l’âge, de la maladie -il était astreint à trois séances de dialyse par semaine- et des contraintes d’un déplacement en fauteuil roulant, Amar Benaouda avait tenu à être présent, et il est revenu avec émotion sur le parcours du chef de la Wilaya II et fait des révélations sur des problèmes de santé auxquels le colonel Zighoud avait été confronté. En 2007, un hommage lui avait été rendu à Annaba par Machaal Echahid et l’association des anciens du Malg, en présence de Daho Ould Kablia, président de l’association, alors en charge du département des collectivités locales. Notons que cette disparition marque l’extinction des dirigeants de la Wilaya II du nord constantinois, Didouche, Zighoud, Bentobbal, Kafi, Boubnider, et qu’il ne reste que deux survivants du groupe historique des «22», Abdelkader Lamoudi et Othmane Belouizdad. 

1. Entretien accordé à « Echourouk El Yaoumi » le 13-12 -2008
2. Hamdani (Amar) : « Krim Belkacem, le lion des djebels » Bouchène Editions
3. Merdaci (Abdelmadjid) : « Constantine entre insurrection et dissidence » in « Guerre d’Algérie - la fin de l’amnésie » sous la direction de M. Harbi et B. Stora -Robert Laffont Editions
4. Témoignage inédit in Congrès de la Wilaya II historique
5. Ibidem

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