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jeudi, 17 mai 2018 06:00

Université Alger II / Sciences de l’information et de la communication : Sur les bancs de la fac, la fraude comme méthode de travail

Écrit par Mirina Lyes
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Il n’est un secret pour personne que la triche et la fraude font partie des pratiques courantes auxquelles se livrent de nombreux étudiants dans l’université algérienne. Déjà confortablement ancré sur les bancs des amphithéâtres et salles de cours, ce phénomène s’est encore amplifié ces dernières années.

C’est ce que nous avons pu constater à l’université d’Alger II, où des étudiants de la faculté des sciences de l’information et de la communication font de la triche une pratique courante sans laquelle ils n’oseront jamais aborder un examen. Devant la salle de classe où ils s’apprêtent à l’un des examens du second semestre, un groupe d’étudiants de Mastère 1, post-graduation, s’attelle à mettre en place sa tactique de triche. Une fois à l’intérieur de la classe, il s’agira pour chacun d’installer son arsenal en la matière en parsemant de nombreux espaces de bouts de papier griffonnés pour la circonstance.
Ici, comme quasiment partout ailleurs dans pareils lieux, tous les moyens et astuces sont bons pour arriver au but. Et, dans bien des cas, la triche et la fraude se combinent pour servir aux étudiants, notamment ceux qui sont souvent absents aux cours, faisant des notes, des modules et du diplôme leur unique quête, quels que soient les moyens. Considérant que les méthodes d’enseignement actuelles sont «révolues et dépassées», ces étudiants ont décidé de déserter massivement les amphis pour n’y revenir qu’en période d’examens.
«La fraude est la méthode des faibles, mais je n’ai vraiment pas envie de revenir passer un rattrapage pendant le Ramadhan. Ce ne serait vraiment pas agréable», avoue l’un des étudiants qui s’apprête à passer l’examen.
Les enseignants chargés de surveiller les épreuves invitent les étudiants à déposer leurs Smartphones dans un sac, avant de distribuer les sujets d’examens. Privés de ce moyen technologique qui a fait la joie de nombreux tricheurs dans un passé récent, ces derniers ne désespèrent pas pour autant. Bien au contraire, c’est le sourire aux lèvres qu’ils affirment recourir à d’autres astuces, comme ces bouts de papier griffonnés ou ces écrits qui parsèment les dessous de tables et de chaises.
« On nous interdit les Smartphones, alors on écrit sur les tables, même si on sait que c’est un acte d’incivisme», dira l’un d’entre eux. «On est tous conscients que c’est immoral et contraire à l’éthique de tricher, mais le maintien d’une méthode révolue, comme celle de l’approche par apprentissage, m’oblige à recourir à la fraude quelle que soit la bassesse des moyens utilisés», soutient un autre étudiant, qui déclare éprouver d’«énormes difficultés» à retenir ce qu’il a appris. «En plus, on nous interroge sur des théories qui ne nous seront d’aucune utilité pour notre projet professionnel. C’est ce qui m’a poussé, cette année, à recourir à la fraude pour réussir mes examens», témoigne un autre étudiant. «J’apprends mes cours, mais je ne comprends rien. Les enseignants demandent des textes analytiques dans lesquels tous les cours sont repris. Cela ne demande pas uniquement d’avoir une bonne mémoire pour tout mémoriser, mais aussi de l’énergie pour tout réécrire sur la copie de l’examen. En plus de ça, on les soupçonne de ne pas corriger nos copies», ajoutera un des étudiants de Mastère 1, rencontré à l’université d’Alger II.
Des années après l’adoption du système LMD, la méthode d’approche par compétence peine à s’imposer dans le milieu universitaire. «Quand on assiste à un cours, l’enseignant nous dicte comme si on était au primaire ou au fondamental. Cette méthode ne m’a jamais motivé pour m’inciter à assister aux cours. Elle me rend passif, raison pour laquelle je préfère me documenter seul plutôt que d’aller écrire puis ressortir sans rien retenir», se plaint un autre étudiant en attente de passer un examen.
Les étudiants algériens ainsi que les universités qui les forment rencontrent des difficultés en matière de programmes dispensés. Ceux-ci sont souvent inadaptés aux besoins du marché professionnel, notamment dans le cas des disciplines de sciences sociales et humaines. Un problème que les observateurs attribuent aux tenants de la décision politique. Ainsi, la sémiologie, qui incite l’étudiant à réfléchir, à analyser et à observer, a été supprimée des programmes universitaires, alors que ce module était largement enseigné.
La qualité des cours dispensés rebute les étudiants, et ceux qui, parmi eux, ont les moyens, vont poursuivre leurs études ailleurs. Il y a même des étudiants qui n’ont pas les moyens suffisants, mais qui n’hésitent pas à faire des sacrifices énormes pour bénéficier d’une formation de qualité. Celle-ci se trouve, dans bien des cas, de l’autre côté de la Méditerranée. «Chez nous, le défi de la quantité est relevé. Nous avons des millions de sortants annuellement au niveau national. Reste le défi de la qualité. Il n’est pas à l’ordre du jour en Algérie», regrette l’un de nos interlocuteurs. L’approche par compétence s’est imposée partout dans le monde, à commencer par les premiers paliers du système éducatif, avant d’arriver à ceux de l’enseignement supérieur. Elle est très importante. Elle consiste principalement à rendre l’apprentissage plus concret et plus opérationnel, plus actif et orienté vers l’insertion de l’étudiant dans la société et dans la vie professionnelle. «Chez nous, on s’accroche à l’apprentissage qui tire étudiant et université vers le bas. Pis encore, cette méthode détruit toute volonté d’apprendre», estime un étudiant, déçu par la méthodologie adoptée à l’université en Algérie. «La formation qu’on reçoit consiste à répéter ce que l’enseignant a dicté en cours, et non pas à réfléchir. Ce qui n’est pas motivant», ajoute-t-il.

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