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jeudi, 08 décembre 2016 06:00

MABROUK BELHOCINE : L’HOMME DU DIRE VRAI

Écrit par  Abdelmadjid KAOUAH
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«… On m’a toujours appris à compter à partir de zéro », aimait à répéter feu Me Mabrouk Belhocine. Dans cette sentence réside le génie qui l’habitait depuis sa prime jeunesse. Enfant prémonitoire de la Soummam, fils des Bni Ougliss, il avait le patriotisme et l’amazighité chevillés au corps. Dans les deux crédos de sa vie, il n’a jamais accepté les vérités fumeuses, tronquées ou superficielles. Tout au long quasiment d’un siècle.

Dans d’autres pays, un tel personnage a valeur d’apôtre. Faut-il encore rappeler à la mémoire nationale le nom de cet homme exemplaire qui, durant presque cinquante ans après l’indépendance, n’a été cité qu’une seule fois dans une déclaration officielle, lors de sa désignation en qualité de membre de la commission d’enquête sur l’assassinat du président du Haut comité d’Etat, Mohamed Boudiaf !

 

Quelques jalons de sa biographie sont pourtant suffisamment éloquents. Né en 1921à Chemini, il fera ses premières classes à Sidi Aïch rejoignant le lycée à Sétif, après avoir décroché le certificat d’études et par la suite l’Ecole normale d’où s’illustrèrent maints autochtones «hussards de la République».

La licence en Droit de l’Université d’Alger lui ouvrira la voie de l’ordre des avocats et le barreau de Bougie où il exercera jusqu’en mars 1956. Dès 1946, il milite au Parti du Peuple Algérien, assurant en tant qu’avocat la défense de toutes les victimes de la répression coloniale. Juin 1949, c’est la première rupture avec le PPA auquel il avait fondé de grandes espérances nationalistes. Il nous reste pour l’Histoire de précieux entretiens et interviews qu’il a semés depuis la publication de son maitre ouvrage : « Le Courrier Alger-Le Caire 1954-1956 et le Congrès de la Soummam dans la Révolution» (Casbah Editions, 2002).

Il reviendra longuement sur les causes de ce «divorce de facto» du PPA/MTLD« tout en [s]e considérant nationaliste progressiste». C’est ladite «crise berbériste» ou l’affaire de la brochure : «Vive l’Algérie» qui est au cœur de cette péripétie dramatique du mouvement national.. A ce propos, Mabrouk Belhocine livre son témoignage sans aigreur ni acrimonie. Il reste factuel tout en assumant ses convictions au lendemain de la Seconde guerre mondiale face à la colonisation française. Avec « Le Groupe des Cinq» (expression sortie de ses réminiscences de lecture ?) avec Aït Ahmed, Oussedik, Ould Hamouda, Aït Medri, Laïmèche et Bennaï Ouali, il partageait une frustration commune. « Au départ, j’étais frustré par le fait que le parti mettait l’accent sur l’Algérie arabe et occultait l’autre dimension culturelle. On n’était pas contre, mais une année après, cela devenait un leitmotiv. Je m’expliquerai cette tendance par le fait que le PPA a récupéré le mot “algérien” alors qu’on était indigènes musulmans non naturalisés». Sa dissidence, ou plutôt comme il aime à le préciser son « divorce de facto», a été la conséquence collatérale de la lutte qui opposait le MTLD aux autres partis algériens modérés ou intégrationnistes. « Le PPA, il avait inventé cette notion d’Algérie arabe pour accéder à la Ligue des Etats arabes. Le mémorandum adressé par le PPA à l’ONU, fin 1948, commençait par ces mots : ‘’La nation algérienne arabe et musulmane existe depuis le VIIe siècle.’’ Or, on m’a toujours appris à compter à partir de zéro. Cette overdose de terminologie nous a excédés…». «L’abus de ce slogan « Algérie arabe» qui fait fi de l’Histoire et de la composante berbère (ethnie-langue-histoire) n’a pas manqué d’irriter les militants patriotes originaires de Kabylie et de susciter un sentiment de frustration». En 1948, Amar Ould Hamouda requiert un groupe d’universitaires, tous militants du PPA, pour la rédaction d’un document destiné au comité central du PPA-MTLD. Le groupe en question était composé de Mabrouk Belhocine, Yahia Henine, tous deux étudiants en droit, Saïd Ali Yahia (dit Rachid), étudiant en pharmacie, Sadek Hadjerès, étudiant en médecine, et Si Saïd Oubouzar, ancien médersien.
Cette « réflexion doctrinale, écrit Me Belhocine, achevée en juin 1949, c’était trop tard pour la soumettre au Comité central, d’autant que le frère Ould Hamouda venait d’être emprisonné». Des luttes de pouvoir au sein de la direction vont annexer à leurs enjeux de pouvoir le document élaboré qui s’articulait sur deux parties principales subdivisées chacune en trois chapitres. Elle se voulait une réflexion autour des concepts de Nation, de nationalisme, de colonialisme depuis ses origines et ses motivations jusqu’à son implantation en Algérie.

Pensée universelle

« Nous n’avons rien inventé, nous avons puisé nos arguments de la pensée universelle et des grands auteurs qui ont abordé les questions qui nous préoccupaient. Cela va de Ibn Khaldoun à Tocqueville, Anatole France ou même Staline qui lui aussi avait donné sa définition de la Nation», confiera-t-il au journaliste-historien Boukhalfa Amazit. Cette tentative d’élucidation des fondements pluriels et de l’avenir commun d’une Nation subira les foudres de la direction du MTLD et s’achèvera en 1950 au moment de la répression colonialiste à la découverte de l’Organisation secrète (L’OS). Il n’était plus question d’attaquer de l’intérieur le parti alors qu’il subissait démantèlement et répression.
Et dès les premiers coups de feu du 1er Novembre, le cœur et la raison de Mabrouk Belhocine avaient fait leur choix. « Le 1er Novembre 1954 a été, pour beaucoup, comme un éclair qui a déchiré la nuit coloniale. J’ai été enthousiasmé par le caractère national de l’action, c’est essentiellement cet aspect qui m’a incité, à la fin de décembre 1954, à adhérer au FLN». Il rentre donc à Alger pour créer une cellule FLN à Bougie et après son démantèlement rejoint la Fédération FLN de France. La trajectoire est toute tracée. Il rejoint Tunis où il assumera la charge de Directeur de département de l’armement et de décembre 1960 à octobre 1961, il exerce les fonctions de secrétaire général adjoint au ministère des affaires étrangères. Après avoir assumé la charge de chef de la Mission du GPRA en Amérique Latine.

Mémoire historique

L’indépendance arrachée, il sera député à l’Assemblée nationale constituante de 1962, (il sera réélu en 1964). « J’étais plutôt observateur, le cœur n’y était pas. Disons que j’étais en réserve de la République», confiera-t-il. Mais il acceptera de faire partie de la mission de bons offices - sans résultat - auprès d’Aït-Ahmed lors de la crise de 1963… Après juin 1965, il se consacre à son métier d’avocat. Il est élu bâtonnier de l’Ordre et coordinateur de l’Organisation nationale des avocats pour la période de 1977 à 1979. En 1992, celui qui n’a « jamais voulu épouser une carrière politique» est désigné membre de la commission d’enquête sur l’assassinat du Président Boudiaf. Exposé aux projecteurs, cet « orfèvre de la parole» déclarera : « Nous avons identifié l’auteur matériel du crime, mais nous n’avons pas trouvé de commanditaires.
On ne va pas en inventer pour faire plaisir à l’opinion publique.» Le parcours de Mabrouk Belhocine lui survivra dans la mémoire historique. D’autant plus qu’il avait pris la peine de nous laisser un ouvrage décapant : « Le Courrier Alger-le Caire et le Congrès de la Soummam». Un acte d’un grand courage civique et pédagogique en matière d’historiographie algérienne. Où aux rumeurs et aux témoignages promo domo, il oppose les faits et les documents, tout en se gardant de jouer à l’historien comme le font allégrement certains protagonistes - parfois de seconde zone, voire dont l’évanescence est leur seule attestation d’héroïsme. C’est avec émotion qu’on peut découvrir le fac-similé signé de la main de Boudiaf qui annonce à ses compagnons que « la circoncision aura lieu le 1er novembre à 1H (31 au soir)». Le courrier est bien arrivé.


Références

Mabrouk BELHOCINE : Le Courrier Alger-Le Caire 1954-1956 et le Congrès de la Soummam dans la Révolution» (Casbah Editions, 2002).
« L’histoire a fini par nous donner raison», entretien avec Boukhalfa Amazit, El Watan, 2002.
Mabrouk Belhocine : «On doit écrire l’histoire même avec ses pages noires» par Halim Boudjou La Nouvelle République 21 - 04 - 2010 Portrait entretien par Hamid Tahiri septembre 2009

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