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lundi, 01 janvier 2018 14:41

Iran : Des morts et menace d'instabilité sur le pays

Écrit par Kahina Terki
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Six  personnes ont été tuées dans de nouveaux troubles nocturnes en Iran malgré un appel du président Hassan Rohani au calme après des jours de protestations inédites depuis des années contre la vie chère et le pouvoir.  Pour la quatrième nuit consécutive, les Iraniens sont de nouveau descendus dimanche soir dans la rue dans plusieurs villes du pays dont la capitale Téhéran pour protester contre le pouvoir et les difficultés économiques- chômage, vie chère et corruption. 

 

 Selon des vidéos mises en ligne par les médias iraniens et les réseaux sociaux, les manifestants ont attaqué et parfois incendié des bâtiments publics, des centres religieux et des banques ou des sièges du Bassidj, la milice islamique du régime. Les manifestants ont aussi mis le feu à des voitures de police.   Au total  dix  personnes ont été tuées et des centaines arrêtées depuis le début jeudi des manifestations sociales et antigouvernementales qui ont éclaté à Machhad (nord-est) avant de prendre de l'ampleur et de se propager à travers le pays.  

     Les manifestations ont eu lieu malgré le fait que les autorités ont limité l'accès aux réseaux sociaux, en bloquant sur les téléphones portables les messageries Telegram et Instagram, utilisées pour appeler à manifester.   Sortant de son silence après trois jours de contestation, M. Rohani a reconnu que l'Iran devait fournir « un espace » pour que la population puisse exprimer ses « inquiétudes quotidiennes », mais il a condamné les violences et la destruction des biens publics.  

« Critiquer, c'est totalement différent que d'utiliser la violence », a-t-il souligné lors du Conseil des ministres. « Il faut même créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations et des rassemblements légaux. C'est le droit du peuple ».    M. Rohani, élu pour un second mandant en mai dernier, a permis à  l'Iran de sortir de son isolement avec la levée de sanctions internationales qui avaient été imposées pour dénoncer les activités nucléaires sensibles du pays.

  Cette levée de sanctions avec la signature d'un accord historique avec les grandes puissances sur le programme nucléaire iranien avait fait espérer aux Iraniens une  amélioration de la mauvaise situation économique, mais les fruits de cet accord se font toujours attendre.      Inédites depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, violemment réprimé, les manifestations ont été émaillées depuis jeudi de violences avec des heurts entre manifestants et forces de l'ordre et des attaques contre les biens publics. 

    - Plus de 400 arrestations   

  Des troubles ont eu lieu dans les villes de Nourabad, Doroud et Khoramabad « et des fauteurs de troubles ont été arrêtés », a déclaré Habibollah Khojastehpour, le vice-gouverneur de la province de Lorestan (ouest).   De petites manifestations se sont également déroulées à Kermanshah (ouest), Shahinshahr (près d'Ispahan), Takestan (nord), Zanjan (nord), Toyeserkan (ouest) et Nahavand où, selon des vidéos mises en ligne, des bâtiments publics, des banques ou des sièges du Bassidj (milice islamique) ont été attaqués par les manifestants.   A Téhéran, la police a utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser un petit groupe de manifestants qui lançaient des slogans hostiles au pouvoir dans le quartier de l'université de Téhéran.  200 personnes  ont été arrêtées. Quelque 200 autres ont été interpellées dans des villes de province, selon les médias.

En dépit des slogans anti-régime lancés par  les manifestants en Iran, les experts estiment que le mouvement de contestation actuel est né du même sentiment de colère qui a agité d'autres pays frappés par l'austérité. « Ce qui fait descendre les Iraniens dans la rue le plus souvent, ce sont des problèmes économiques ordinaires --la frustration face au manque d'emplois, l'incertitude par rapport à l'avenir de leurs enfants », explique à l'AFP Esfandyar Batmanghelidj, fondateur du Europe-Iran Business Forum.

   Selon cet expert, les troubles de ces derniers jours ont été provoqués par les mesures d'austérité du président Hassan Rohani depuis son arrivée au  pouvoir en 2013, comme les réductions des budgets sociaux ou les augmentations  des prix des carburants annoncées il y a quelques semaines.   « Pour Rohani, les budgets d'austérité sont certes difficiles à faire passer mais il s'agit de mesures nécessaires face à l'inflation et aux problèmes de  devise ainsi que pour tenter d'améliorer l'attractivité de l'Iran pour les  Investissements », affirme M. Batmanghelidj.

La colère suscitée par la situation économique est palpable depuis quelques années et a dominé les dernières élections en mai.  De petits mouvements ont eu lieu: ces dernières semaines, l'agence ILNA  liée aux syndicats a fait état notamment de protestations de plusieurs  centaines d'employés du secteur pétrolier pour des retards de paiement, ainsi que des fabricants de tracteurs à Tabriz contre la fermeture de leur usine.    La colère n'a fait qu'augmenter avec l'effondrement de sociétés de crédit qui a affecté des millions d'investisseurs.     Ces sociétés se sont multipliées sous le mandat du président Mahmoud Ahmadinejad et se sont effondrées quand la bulle immobilière a explosé.

   « Je ne suis pas surpris par ces manifestations. Nous avons eu ces deux  dernières années des défilés dans la rue contre les banques et les sociétés de  crédit », rappelle pour l’AFP le politiste Mojtaba Mousavi, basé à Téhéran. « Tout le monde dit que les manifestants viennent des classes défavorisées  mais de nombreux manifestants font partie de la classe moyenne qui a perdu beaucoup de ses avoirs », assure-t-il.

  

Des slogans comme « Mort au dictateur » et des attaques visant les symboles du régime ont cependant donné aux manifestations --les plus importantes depuis celles de 2009-- un air de large contestation politique.   Le gouvernement a accusé « des éléments hostiles » basés à l'étranger d'attiser le mouvement de contestation.    Certains suspectent aussi les conservateurs, rivaux du courant modéré dont  fait partie M. Rohani, de vouloir saboter la politique économique du gouvernement au risque de déclencher un mouvement qui pourrait devenir  difficile à maîtriser.

   « Il existe des preuves, particulièrement à Machhad, que les manifestations étaient organisées pour marquer des points politiques », a déclaré à l'agence  iranienne Tasnim Amir Mohebbian, un expert basé à Téhéran.    Il a souligné que les organisateurs de ce mouvement « n'avaient évidemment  pas anticipé qu'il prendrait une telle ampleur. On ne peut pas jouer avec les  mouvements de contestation ».

Dernière modification le lundi, 01 janvier 2018 14:45

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