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jeudi, 10 août 2017 06:00

Taïeb Hafsi, économiste : « Quand on manque de ressources, l’erreur est de serrer la ceinture un peu plus fort » Spécial

Écrit par Rafik Aiouaz
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Reporters : Quelle analyse faites-vous de ces événements ?

 

Taïeb Hafsi : Comme vous tous, j’ai été très surpris par les premières actions du nouveau gouvernement.
Tout le monde en Algérie souhaiterait un gouvernement compétent et capable d’agir de manière coordonnée. Tout le monde voudrait que Tebboune réussisse parce que c’est l’avenir du pays qui est en jeu. Les attentes de la nation sont fortes, mais positives.
Malheureusement, au lieu de clarifier quelles sont les priorités et de s’y attaquer, le gouvernement semble accorder une attention similaire à l’important et à l’insignifiant. Il tombe dans un travers facile, populiste, en privilégiant l’image plutôt que le travail sérieux. Il est applaudi et poussé en cela par le petit nombre de ceux qui n’ont pas encore fait leur deuil des pratiques bureaucratiques et démagogiques de la période socialiste. Dans le processus, il s’est attaqué à ce qui est essentiel à la survie du pays, l’intégrité et la viabilité du secteur privé. Il y a sans doute des entrepreneurs privés malhonnêtes, mais le secteur privé dans son ensemble est la cheville ouvrière du pays.
Il est cerné par les malfaiteurs et rançonné à tous les coins de rue. Pourtant, il continue à produire et à fonctionner. S’attaquer au secteur privé, équivaut à vouloir détruire le pays. Je ne suis pas surpris que le président de la République réagisse.
C’est une grande menace pour l’intégrité et la stabilité du pays. Les actions vis-à-vis des partenaires, comme le président du FCE, les rumeurs sur les dirigeants d’entreprise, sans fondements clairs et sans référence à des faits, devraient être bannis à jamais des comportements d’un gouvernement sérieux. Le gouvernement devrait encourager un comportement responsable et raisonnable de tous les acteurs, en particulier des dirigeants du secteur public, ceux à qui le pays a confié des pouvoirs légaux et administratifs.
L’Algérie souffre d’une grande faiblesse en matière de gouvernance. Je ne crois pas qu’elle soit réparable dans le court terme. Il faut baisser la tête et se mettre au travail pour arriver à améliorer les choses.
A mon avis, le pays est en danger non pas à cause du terrorisme ou des menaces extérieures, mais à cause des divisions, des luttes intestines, du désordre dans les esprits, de l’incompréhension que le bateau est très affecté, qu’il risque de couler et que ce n’est pas le temps de se battre sur des futilités.

Le Premier ministre a-t-il été maladroit dans la forme ?

Je ne crois pas que ce soit une question de forme. Comme je le disais, le problème est beaucoup plus sérieux. Nous sommes sur un vaisseau qui souffre de problèmes de conception. Il est face à des tempêtes qui menacent son intégrité. Ça craque de toutes parts et le pilote est débordé. Il est regrettable qu’il s’attaque aux marins, ceux qui pourraient sortir le pays de ce mauvais pas.
Le Premier ministre a de l’expérience dans l’action gouvernementale, mais les évènements et les activités au sommet sont nombreux et il semble manquer de recul pour prendre les bonnes décisions, ou peut-être n’a-t-il pas les leviers de commande ? Ce serait mon hypothèse et, dans ce cas, ma recommandation serait de s’assurer des qualités et des valeurs du pilote et de lui donner rapidement les commandes.

Comment les politiques économiques pourraient-elles améliorer le climat des affaires tout en rassurant les opérateurs, notamment sur l’éventuelle pénurie d’intrants destinés à leur activité ?

L’économie est un système complexe. Il y a beaucoup d’incertitudes quand on fait face au futur et les relations de cause à effets ne sont pas claires. Mais il y a maintenant des connaissances et une expérience internationale de qualité qui sont disponibles et véhiculées quotidiennement par les spécialistes algériens eux-mêmes. Récemment, j’ai été frappé par la qualité des recommandations qui étaient faites par les groupes Care et Nabni ou par plusieurs économistes de qualité, dont les professeurs Mebtoul et Lamiri. De mon point de vue, face à la complexité, il ne faut pas compliquer. Il faut simplifier. La question que vous posez, peut-être devrait-on la poser aux acteurs économiques eux-mêmes. Je connais beaucoup de dirigeants d’entreprises qui ont des idées claires sur ce qu’il faut faire. Quand on manque de ressources, l’erreur est de serrer la ceinture un peu plus fort.
On ne fait qu’affaiblir le corps et on risque de le tuer. La solution, c’est qu’il faut trouver des ressources et pour cela les meilleurs alliés du gouvernement, ce sont les entrepreneurs et leurs entreprises. Il doit se rapprocher d’eux, les encourager, encourager l’administration à les aider et encourager les citoyens algériens à les soutenir. Le problème économique de l’Algérie est un problème collectif. Il faut que tout le monde comprenne que la création de richesses est une œuvre collective pour laquelle nous avons besoin de coopérer. Dans cette activité, compte tenu du désordre actuel, l’entreprise est notre seul instrument et le gouvernement notre grand réconciliateur. Plus que jamais auparavant, l’Algérie a aussi besoin de la grâce de Dieu.

Dernière modification le mercredi, 09 août 2017 22:53

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