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mardi, 12 septembre 2017 06:00

Mourad El Besseghi, expert financier : « Le recours au non conventionnel ne peut perdurer et le retour à l’orthodoxie financière est incontournable »

Écrit par Mouna Aïssaoui
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Dans cet entretien, l’expert financier, M. El Besseghi, nous donne son avis sur l’introduction du financement non conventionnel au profit du Trésor public.

Selon lui, d’autres pays ont utilisé ce mode de financement dans les moments difficiles, notamment en période de crise financière, expliquant que c’est un instrument de régulation du marché monétaire et, en conséquence, du marché financier. Il estime, cependant, que le recours à des politiques monétaires non conventionnelles ne peut perdurer. Il s’agit d’une situation exceptionnelle et le retour à l’orthodoxie financière est incontournable.


Reporters : Le Conseil des ministres a adopté, mercredi 6 septembre, un projet de loi portant amendement de la loi sur la monnaie et le crédit, « pour introduire le financement non-conventionnel au profit du Trésor public ». Que pensez-vous de cette nouvelle mesure ?
Mourad El Besseghi : Le financement non conventionnel est une formule qui a été utilisée pour la première fois en Algérie dans le programme du précédent gouvernement. La voie de l’endettement externe ayant été écartée, le FRR épuisé, il avait été annoncé que l’Algérie devrait recourir à l’endettement interne, dont le financement non-conventionnel, afin de ne pas compromette son développement.
Il faut rappeler que vers la fin du premier semestre 2017, le secteur de l’habitat et des travaux publics avait cumulé un niveau de créances détenu sur l’Etat et ses démembrements, de l’ordre de 120 milliards de dinars. Une situation intenable pour un secteur stratégique où les entreprises de réalisation fonctionnent avec du cash qui est supposé circuler à grande vitesse.
C’est ainsi que, dès l’installation du précédent gouvernement, des instructions fermes avaient été données aux banques pour honorer les impayés afin de ne pas compromettre le rythme imprimé au développement économique. Entre autres, débloquer les 350 000 logements en cours de réalisation, et engager des réformes organiques et structurelles dans le système financier.
Dès son investiture, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, en parfait connaisseur du terrain, savait que le problème crucial est le financement des projets. Il tient une réunion le lundi 21 août avec les principaux dirigeants des banques et les principaux ministres concernés pour voir les voies et moyens de desserrer l’étau du financement de l’économie.
Mis à rude épreuve durant les trois derniers mois, certains dirigeants de banque avaient été annoncés comme partants ou en attente d’éventuels changements. Ils ne pouvaient assurer le financement des entreprises du bâtiment, au motif qu’ils ne pouvaient pas enfreindre les règles prudentielles prévues et, en particulier, ne pas descendre en deçà du minimum légal des réserves financières obligatoires fixées à 8% et réduit pour la circonstance par la banque d’Algérie à 4%, à compter du 15 août dernier. Une façon de donner plus de marge de manœuvre et de disponibilités aux banques commerciales pour faire face au besoin de financement de l’économie. Evidemment, cela ne pouvait constituer qu’une « bouée d’oxygène » qui restait très insuffisante par rapport aux besoins.
Le financement non conventionnel n’est pas une nouveauté dans le monde. D’autres pays ont utilisé ce mode de financement dans les moments difficiles, notamment en période de crise financière. Il se décline en plusieurs types de mesures, dites quantitatives, par une offre supplémentaire de liquidités aux banques, via le Trésor public, des mesures d’assouplissement dans l’octroi du crédit et des mesures liées aux taux d’intérêt directeur pour réguler le coût du crédit bancaire et encourager l’investissement.
En autorisant la Banque d’Algérie à acheter des titres du Trésor, moyennant le recours à la création monétaire, l’offre de liquidités sur le marché monétaire sera plus importante et le financement des programmes de développement sera possible. Pour ce faire, il faudra au préalable amender l’ordonnance relative à la loi sur la monnaie et le crédit.


Certains experts estiment que le financement non conventionnel conduira à l’inflation…

Le financement non conventionnel, c’est tout ce qui n’est pas financement classique. C’est un instrument de régulation du marché monétaire et en conséquence du marché financier. D’autres pays développés l’utilisent délibérément pour financer leur économie dans certaines phases spécifiques, par exemple, en période de déflation ou de manque de liquidités.
Durant la dernière crise financière de 2008, et bien après, dans une conjoncture de perte de confiance dans le marché financier, la Réserve fédérale des Etats-Unis a injecté massivement des liquidités pour regagner cette confiance, qui est l’essence même du marché. Cette démarche appelée « quantitative easing » consiste à mobiliser des fonds, acheter des bons du Trésor, pour doper la reprise. La Banque centrale européenne (BCE) a eu recours, en janvier 2015, au financement non conventionnel lors de la dernière crise qui a secoué certains pays du Sud de l’Union. La BCE a racheté des effets publics auprès des détenteurs en contrepartie de liquidités, ce qui était censé stimuler l’économie. La Grande-Bretagne, en 2009, le Japon dès les années 2000… ont eu recours à ce mode de financement de l’économie, avec comme conséquence un grossissement des bilans des banques centrales. Les modalités de mise en œuvre, les actions menées et les résultats obtenus sont mitigés selon les experts internationaux. Mais ce qui est certain, c’est qu’ils ont fait face à des turbulences financières à un moment précis.
En effet, lorsque l’économie d’un pays est bien « assise », ce mode de financement peut présenter un intérêt certain pour soutenir la croissance et créer les ingrédients de la reprise. A contrario, toute augmentation de la masse monétaire qui ne s’accompagne pas d’une hausse de la production se traduit essentiellement par de l’inflation et, réciproquement, il ne peut y avoir aucun impact sur le niveau réel de la production et sur l’inflation en se limitant à réduire la masse monétaire en circulation. Si ces fonds, qui seraient dégagés par ces nouvelles mesures, seraient destinés à financer les projets de développement, soutenir l’investissement et à atterrir dans l’économie réelle, il est clair que cela se traduira par des effets positifs ; création de valeur ajoutée, donc de richesse et une croissance interne salutaire. Par contre, un emploi de ces fonds dans des dépenses improductives, dans des augmentations de salaires, dans le financement de projets non rentables... serait une grave dérive et annihilerait totalement tous les effets escomptés. Bien plus, il contribuerait à enfoncer le pays dans une spirale inflationniste sans précédent.


Selon le communiqué du Conseil des ministres, « ce mode de financement exceptionnel sera instauré pour une durée de cinq années ». Pourquoi cette durée à votre avis ?
A mon avis, le gouvernement estime que les tendances vont s’inverser dans les cinq ans qui vont suivre. Il aura le temps d’introduire des changements structurels, une diversification du tissu industriel, une relance de l’appareil économique pour sortir de la très forte dépendance des cours du brut, la mise en œuvre de réformes consolidantes, aussi bien dans le secteur bancaire et financier mais, également, dans d’autres secteurs, etc.
Par ailleurs, et comme le prévoit les prévisions des analystes du marché des hydrocarbures, il est probable que les cours du brut s’envoleront à nouveau. Ce qui rétablira les équilibres macroéconomiques du pays.
Mais il convient, également, de se préparer à « l’après-cette phase » et durant laquelle, il est impératif de détruire la monnaie créée et de « stériliser » le marché. Dans tous les cas, le recours à des politiques monétaires non-conventionnelles ne peut perdurer. Il s’agit d’une situation exceptionnelle et le retour à l’orthodoxie financière est incontournable.


Il y a également l’annonce de la révision de la loi sur la monnaie et les crédits. Comment voyez-vous cette révision ?
C’est un passage obligé. La législation doit évoluer pour rendre opérationnelles de telles mesures. Selon la rédaction actuelle de l’ordonnance 03-11 du 26 août 2003, relative à la monnaie et au crédit, la Banque d’Algérie ne peut intervenir sur le marché secondaire pour l’acquisition des titres sur le Trésor, mais seulement auprès des organismes financiers et banques commerciales détenteurs de ces titres. En effet, en vertu de l’article 45 de ce texte, elle est autorisée à intervenir sur le marché monétaire et, notamment, acheter et vendre des effets publics et des effets privés admissibles au réescompte ou aux avances. En aucun cas, ces opérations ne peuvent être traitées au profit du Trésor ni des collectivités locales émettrices. Il est donc nécessaire d’autoriser clairement la Banque d’Algérie à acheter ces titres directement du Trésor public en contrepartie des ressources qui seront mises à sa disposition pour financer le développement. Par ailleurs, les articles 46 et 47 encadrent très restrictivement certaines opérations (avances ou réescomptes) avec le Trésor dans des délais courts et très rigides. Ici, également, il y a nécessité d’assouplir et d’harmoniser la législation avec les procédures à mettre en œuvre dans la nouvelle démarche. Les amendements concerneront ces articles et permettront un déverrouillage en autorisant, notamment la Banque d’Algérie à actionner la planche à billets pour faire l’acquisition de ces titres publics. En réalité, il s’agit souvent d’un simple jeu d’écriture entre la Banque centrale et le Trésor public et pas forcément de l’injection de la monnaie fiduciaire. Il est évident que, compte tenu de l’urgence de la mise en place de ces mesures, il est très fort probable que ces amendements soient intégrés dans les dispositions diverses du projet de loi de finances pour 2018. 

Dernière modification le mardi, 12 septembre 2017 01:54

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