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mercredi, 14 février 2018 06:00

entretien : Mohamed Boukhari, économiste, à propos du risque des chocs externes : «L’Etat n’a d’autre choix que de continuer à déprécier notre monnaie par rapport aux devises étrangères»

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Commentant les toutes récentes déclarations du gouverneur de la Banque d’Algérie et du ministre des Finances, liées, entre autres, à la dévaluation du dinar, aux réserves de change et à la politique des subventions qui sera revue, M. Boukhari, également professeur d’université, répond à la sollicitation de Reporters et nous livre dans cet entretien son analyse. 


Reporters : Le gouverneur de la Banque d’Algérie annonce que la masse monétaire circulant hors circuit bancaire a reculé de 105 milliards de dinars, en décembre 2017, grâce, dit-il, à l’instruction de la Banque d’Algérie fixant les nouvelles conditions de domiciliation des opérations d’importation des biens destinés à la revente en l’état. Cette instruction suffit-elle à bancariser cet argent ? Quelles sont les autres conditions qui s’imposent ?
Pr. Mohamed Boukhari : Par cette instruction, la Banque d’Algérie cherche à atteindre un double objectif. D’un côté, contribuer à diminuer la facture des importations, de l’autre, apporter des liquidités au système bancaire. Malgré le caractère discutable de cette mesure, elle n’a aucun lien direct avec la bancarisation de l’argent informel. La plupart des études s’accordent sur le fait que l’informel en Algérie est lié à trois facteurs, à savoir la méfiance vis-à-vis de l’Etat, la bureaucratie et l’instabilité législative et réglementaire. Ainsi, plusieurs actions peuvent être envisagées pour ramener l’informel dans la sphère légale. Primo, accélérer la lutte contre la bureaucratie, secundo, donner une visibilité à long terme aux acteurs économiques à travers une législation stable et adaptée, tertio, instaurer un climat de confiance par une communication adéquate. Evidemment, à ces actions, on pourrait envisager des mesures incitatives.


Les réserves de change étaient, selon les chiffres de la BA, à 114 milliards de dollars à la fin décembre 2016, ce qui donne une baisse du matelas de devises de l’ordre de 16,8 milliards de dollars entre fin décembre 2016 et fin décembre 2017. Que faudrait-il faire pour améliorer la marge de résistance aux chocs externes ?
Deux stratégies sont possibles. La première est de consolider les réserves de change. Ces dernières dépendent de la balance commerciale et de celle des capitaux. L’amélioration de la balance commerciale passe soit par la réduction des importations et des transferts de devises vers l’étranger, soit par la hausse des exportations et des transferts en devise vers l’Algérie. La réduction des importations ne devrait pas être une finalité en Algérie. Par contre, la lutte contre la surfacturation, oui. L’augmentation des exportations passe par une stratégie nationale d’exportation qui doit être pertinente et réaliste. Nous pouvons aussi mettre à contribution nos compatriotes vivant à l’étranger en encourageant les transferts vers l’Algérie sous toutes les formes possibles. Autre mesure, un climat d’affaires compétitif qui permettrait d’attirer les investissements étrangers, ce qui aura un impact positif sur la balance des capitaux. La deuxième stratégie est plus radicale : passer carrément au taux de change flottant. Cette stratégie bien qu’intéressante nécessite de réadapter notre modèle économique.


Le taux de change de la monnaie nationale a connu un recul de 15,36% par rapport à l’euro en 2017. Quel est l’avenir du dinar ?
Le taux de change est du ressort exclusif de la Banque centrale. Eu égard aux évolutions du prix du pétrole et à la nécessité de réformes pour encourager la production nationale, l’Etat n’a d’autre choix que de continuer à déprécier notre monnaie par rapport aux devises étrangères. La vitesse d’ajustement prendra en considération le volume des recettes en devises, l’impact social et l’évolution des capacités de production des entreprises algériennes.


Tout récemment, le ministre des Finances relève que la politique des subventions sera revue et certaines subventions, notamment celles de l’énergie, seront supprimées. Est-ce la solution idéale pour atteindre l’objectif assigné, l’élimination du déficit budgétaire de l’Etat d’ici trois à quatre ans ?
Il est vrai que les subventions publiques impactent sérieusement le déficit budgétaire de l’Etat, ce qui impose de revoir leur caractère généralisé. Ceci étant, il est illusoire de penser que cette mesure puisse éliminer durablement le déficit public. Notre économie n’est pas statique, la population (donc les besoins), par exemple, augmente à un rythme soutenu. Pour asseoir un équilibre budgétaire durable, il est nécessaire d’opter pour une rigueur budgétaire aussi bien par l’optimisation des dépenses que par l’augmentation des recettes. Dans le cas de notre pays, la hausse des recettes peut se matérialiser via l’accroissement de l’activité économique et la lutte contre l’informel, qui représente, rappelons-le, pas moins de 50% du PIB.


D’aucuns affirment qu’il y a un grand risque de fermeture pour des entreprises dépendant directement des prix subventionnés. Vous y souscrivez ?
En règle générale, une politique de subventions est mise en place par un Etat pour encourager ou développer des filières prioritaires. Chez nous, elle a un caractère généralisé, ce qui conduit à l’utilisation non
rationnelle de ressources rares. Maintenant, si certaines entreprises appartenant à des secteurs non prioritaires pour l’Algérie devaient disparaître parce qu’elles ne vivent que des subventions, ce n’est que la loi du marché. C’est à ces entreprises de trouver les moyens d’améliorer leurs performances et devenir viables sans l’apport des subventions publiques. 

Recueillis par Maya H.

Dernière modification le mercredi, 14 février 2018 18:56

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