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mercredi, 16 mai 2018 06:00

entretien : Kamel Rachedi professeur en droit et relations internationales à l’Université d’Alger : « Des discours de condamnation sans résultat »

Écrit par AZIZ LATRECHE
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Reporters : Le massacre d’une soixantaine de manifestants palestiniens par l’armée israélienne à Gaza, lundi 14 mai, a suscité une indignation mondiale. Y aura-t-il une suite à la condamnation unanime de l’Etat hébreu et du gouvernement Netanyahou ?

Kamel Rachedi : Je ne sais pas s’il est juste de parler de condamnation unanime. Les Etats-Unis, qui sont un acteur clé au Moyen-Orient, ne l’ont pas fait. Les Européens ont montré de l’indignation et de l’inquiétude, mais ils ne semblent pas y avoir la volonté d’aller au-delà. Il y a peut-être chez eux une émotion plus forte, parce qu’ils ont à gérer des contextes politiques internes où la question palestinienne est présentée, mais je n’ai pas encore vu autre chose que de l’émotion et de l’indignation symbolique. Les Nations unies sont depuis longtemps dans le discours de la condamnation des exactions israéliennes contre les Palestiniens, notamment à Gaza, mais leur réaction est sans effet. Dans la région, ceux qui dictent la ligne à suivre sont les Etats-Unis qui viennent de transporter leur ambassade de Tel-Aviv à Al Qods au mépris du droit international et en tournant le dos à leur propre politique étrangère depuis plus de cinquante ans. Au-delà des condamnations, je ne vois pas autre chose pour l’instant.

Il viendrait d’où cet autre chose, selon vous ?
Il viendrait peut-être de la résistance palestinienne sous toutes ses formes, mais avec un coût considérable car le monde entier, c’est-à-dire les Etats-Unis et les Occidentaux d’une manière générale, semblent depuis longtemps avoir pris position en faveur d’Israël. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Trump, qui s’emploie à remettre en cause l’héritage de ses prédécesseurs à la Maison-Blanche, et de celui de Barak Obama en particulier, les Etats-Unis sont dans le soutien sans compter d’Israël. Toutefois, si les choses demeurent en l’état et si le massacre des civils palestiniens se poursuit, je n’exclus pas une réaction des groupes résistants palestiniens. Visiblement, il y a de la retenue aujourd’hui de la part du Hamas et des autres factions à Gaza. La question est de savoir pourquoi cette retenue et jusqu’à quand ? On peut supposer que c’est par souci de réflexion et de se refaire une image déjà détériorée et perdue auprès des opinions occidentales qui les considèrent comme « terroristes», alors qu’il s’agit de lutte de survie. La tragédie des Palestiniens, cela a été dit un peu partout depuis les massacres qui accompagnent le souvenir de la Nakba, pourrait éventuellement inciter les factions palestiniennes à s’entendre autour d’un « smig » national et tenter d’accompagner le mouvement populaire pour le droit au retour. Ce sera difficile.

Les Etats de la Ligue arabe condamnent les massacres et dénoncent un « crime de guerre »….
La « Jami’a » n’est pas à sa première condamnation d’Israël et de sa politique d’occupation des territoires palestiniens. Elle n’est pas non plus à sa première indignation face au sort inhumain réservé aux Palestiniens par les Israéliens. Mais avec quel résultat ? Les Etats influents au sein de la Ligue sont tous dans une situation de normalisation plus ou moins franche avec Israël. Ils entretiennent tous des relations d’intérêts intenses et complexes avec les Etats-Unis et n’ont pas intérêt à altérer ces relations pour des raisons si nombreuses qu’il n’est pas aisé de les évoquer ici. Personnellement, donc, je n’attends rien d’exceptionnel de la Ligue et les Palestiniens de Gaza, qui se jettent à mains nues contre les blindés israéliens, le savent depuis très longtemps. Personnellement, je ne vois pas des Etats comme l’Egypte, l’Arabie saoudite ou les Emirats arabes prendre des décisions allant au-delà de la condamnation symbolique et prendre le risque de tourner le dos à Israël avec lequel, secrètement ou pas, contre l’Iran ou pas, ils entretiennent des relations importantes. Le possible à entrevoir est que des acteurs comme l’Egypte, craignant les conséquences de la situation désastreuse à Gaza sur leur propre sécurité, cherchent à avertir Israël des retombées d’une politique continuellement répressive des Palestiniens.

Qu’en est-il de la Turquie qui vient de rappeler son ambassadeur en Israël ?
Trois hypothèses au moins peuvent servir à comprendre l’attitude de la Turquie d’Erdogan : la première hypothèse est que le président Erdogan, qui est dans une ambition de puissance, cherche à trouver une position de leader dans le monde musulman et à la renforcer. La deuxième hypothèse est qu’il cherche aussi à apaiser et à séduire une opinion turque aux yeux de laquelle la question palestinienne, celle d’Al Qods en particulier, fait sienne. La troisième, en direction du Monde arabe, est de faire oublier le rôle joué actuellement par Ankara en Syrie et de « jouer » sur une fibre sensible. Dans la réalité, les milieux politiques et d’affaires turcs sont très présents en Israël et réciproquement. Ankara fait partie de l’Otan et je ne vois pas jusqu’à ce quel point elle peut être en contradiction avec ses alliés, les Etats-Unis en premier. J’ai le sentiment que la réaction turque, bien qu’elle soit différente dans la forme et en raison de la spécificité même de la Turquie, est comparable à celle des pays européens. L’Irlande, rappelons-le, a convoqué l’ambassadeur d’Israël, la Belgique aussi. Ce qui est indiscutable, c’est le changement radical de la politique étrangère américaine et la mort définitive des Accords d’Oslo.

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