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jeudi, 17 mai 2018 06:00

Politique et religion : Le temps des zaouïas

Écrit par Adlène Badis
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La sortie du chef de l’Etat à la veille du Ramadhan n’aura pas été exempte de messages politiques qui s’imposent dans ce contexte.
L’inspection-inauguration de deux projets, la zaouïa Belkaïdia, à Tixeraïne, et le chantier de la Grande-mosquée d’Alger, intervenait à la veille du mois de Ramadhan, coïncidant avec la célébration de la Journée internationale du vivre-ensemble en paix, initiée par l’Association internationale soufie Alawiyya et adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies. De quoi relancer le débat sur le rôle de ces institutions religieuses particulières aux origines ancestrales et séculaires.
Les confréries religieuses appelées zaouïas ont toujours constitué un élément de légitimation politique dans les pays du Maghreb, tant elles apportent la caution religieuse et la «bénédiction des ancêtres» à des personnalités politiques à la recherche d’une légitimité dans l’espace public. Les grandes zaouias d’Algérie (tidjania, rahmania, qadiria, senoussia et belkaidia) populaires, notamment dans les zones rurales, ont joué un rôle évident durant notamment la période coloniale et post-Indépendance. Depuis les années 1980, ces confréries sont revenues au-devant de la scène après avoir été marginalisées durant la période socialiste, et après avoir été considérées comme archaïques aux pratiques imprégnées de paganisme et dénoncées en leur temps par l’association des oulémas du cheikh Abdelhamid Benbadis. Aujourd’hui, la zaouïa est devenue un élément politique apparent puisque des personnalités politiques y font souvent escales et cherchent la caution de leurs cheikhs. Ces derniers jouent le rôle de porte-parole de la «société profonde», proposant un soutien à l’importance évidente dans une société où le discours religieux détient un poids non négligeable, voire souvent déterminent. Il ne s’agit pas pour les autorités de faire jouer aux zaouïas un rôle de parti politique traditionnel mais plutôt un rôle conjoncturel qui cadre avec des circonstances politiques particulières.

Soufisme vs salafisme
La liaison du politique avec ces confréries est également attribuable à une volonté manifeste de l’Etat de faire face à l’extrémisme religieux après le traumatisme lié aux années 1990. Il est évident que pour contrer le radicalisme et le fanatisme, présents dans la société, le pouvoir a brandi la carte de l’islam soufi. Adepte d’un islam davantage tendu vers la spiritualité et la tolérance, le soufisme pourrait constituer un adoucissant, voire un dérivatif des thèses extrémistes. Les confréries ont, pour rappel, joué un rôle de résistance durant la période noire du terrorisme et l’ont payé souvent chèrement en subissant pour certains les exactions des groupes armés. L’impulsion dont bénéficient aujourd’hui les zaouïas semble particulièrement avoir été décidée pour faire barrage aux «modèles religieux extrémistes» et réhabiliter un «islam maghrébin traditionnel», porteur de valeurs de tolérance, de fraternité et d’universalité, comme l’expliquent certains observateurs.
La montée du salafisme et du discours religieux extrémiste, de plus en plus remarqués dans la société, suscitent bien l’inquiétude et un traitement par ce biais semble avoir été favorisé pour contrecarrer le fanatisme. Reste que l’influence des mouvements de ces «tarika» est aujourd’hui sujette à caution. Implantées dans les milieux ruraux, les zaouïas semblent avoir très peu de prise sur notamment une jeunesse algérienne de plus en plus urbaine. Ce qui laisse encore interrogateurs sur leur avenir et leur rôle futur.

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