Pokemon Go app download for android. Get Prisma app for android and edit pics. prisam apk.
Reporters - Filtrer les éléments par date : mercredi, 19 août 2015

La plage Sidi Abdelaziz est considérée comme étant la plus grande en Algérie. Elle se situe sur le flanc nord-est de Jijel et s’étend sur quatre kilomètres. La main de l’homme ne l’ayant pas trop « tripotée », elle est restée à l’état sauvage. Son eau est transparente, profonde.
Un vrai régal pour les nageurs et les plongeurs. Et son coucher de soleil est une pure merveille… Un bout de paradis où il est agréable de passer des vacances dans le calme, la tranquillité, quoiqu’il soit quelque peu mal soigné…

Très peu de gens savent que la plage Sidi Abdelaziz est l’une des plus grandes, pour ne pas dire la plus grande plage en Algérie. Située à une trentaine de kilomètres de Jijel, elle demeure peu connue, malgré ses atouts touristiques et sa beauté sauvage. C’est le coin des vacanciers en quête de calme et de tranquillité, bien que les friands de sensations fortes peuvent louer des jet-skis, très tendance cette année, et fendre les flots d’une mer un peu agitée et immense. Mais pour atteindre ce coin tranquille, il ne faut surtout pas emprunter l’itinéraire qui passe par Béjaïa. Voyager sur la côte est, certes, des plus agréable, mais le faire exige une grande patience ! Sur cet itinéraire, l’encombrement est un « monstre » que personne ne peut combattre. Les « ennuis » commencent à l’entrée de Béjaïa. Les routes étroites ne laissent pas beaucoup de choix aux conducteurs. Ces derniers dépendent des uns des autres. S’ils sont rapides, ceux qui sont derrière le sont. S’ils sont lents… sans compter les semi-remorques et les gros camions qui agissent selon leur humeur du moment. Soit ils conduisent très lentement, soit ils font de la vitesse en semant la terreur autour d’eux. Il est rare d’ailleurs de faire ce voyage sans rencontrer des voitures accidentées que la gendarmerie tentent de faire remorquer après avoir secouru les blessés, créant des encombrements supplémentaires. De Tazmalt jusqu’à Tichy et Aokas, en passant par Akbou, la circulation met les nerfs des conducteurs à rude épreuve. Les plus téméraires tentent de trouver le moyen de dépasser, de trouver des portes de sortie pour gagner quelques mètres, prenant des risques énormes exposant leurs vies au danger ainsi que celles des autres.
L’encombrement, un « monstre » imbattable
Celles des estivants notamment qui se déplacent en groupes pour atteindre les plages au niveau des petites villes côtières de Béjaïa. On peut apercevoir ces estivants en passant, des émigrés surtout, qui parcourent les trottoirs en « petite tenue » pour accéder aux plages. Dans ces villes, les bikinis ont une bonne place sur les étalages exposés en plein air. A Jijel, cependant, « l’environnement » est tout autre. De Souk El Tenine jusqu’à l’entrée de Jijel, la route est plutôt fluide. Mais à partir des grottes merveilleuses de Jijel jusqu’au centre-ville de la wilaya, c’est le calvaire pour les conducteurs. Les paysages sont grandioses, féériques. Toutefois, les conducteurs ne font qu’y jeter un coup d’œil, tellement ils sont « happés » par la route. Sur la côte jijelienne, les estivants également sont très nombreux. Sauf que les maillots deux pièces ou les maillots tout court ne sont pas de mise. Ici, les femmes nagent dans des robes et ne s’en plaignent pas.
Elles s’éclatent à leur manière, papotant dans l’eau ou se promenant le long des plages. Les « estivantes » étrangères à la région doivent se plier à cet accoutrement vestimentaire. Les maillots de bain ne sont pas tolérés et ne sont pas exhibés chez les commerçants, comme c’est le cas à Béjaïa.
En fin d’après-midi, quand les estivants quittent tous en même temps les plages, la route devient encore plus impraticable. Atteindre le centre-ville de Jijel devient un véritable exploit. Les klaxons fusent de partout et les gendarmes ont du mal à faire respecter le Code de la route. Au centre-ville, un monde fou. Comme si les habitants, en mal de loisirs en dehors de la saison estivale, essaient de se rattraper en été. Ici, les femmes se promènent seules, sans « chaperons ». Leurs mines réjouies et sereines reflètent leur sentiment de sécurité. Les vendeurs de glaces affichent des mines épanouies. Les clients affluent et les caisses se remplissent à vu d’œil. Les enfants courent partout, tandis que les personnes âgées jouent aux dominos dans les cafés et dans les grandes places.
Jijel, très chaude le jour, s’anime et brille comme un joyau le soir. La commune de Sidi Abdelaziz est très animée aussi le soir. A partir de 18h, au centre de la petite ville, les gargotiers préparent les barbecues pour accueillir les estivants, les passant ou ceux qui ont passé la journée à la plage et ont faim. Les brochettes ne sont pas aussi chères qu’à Alger. Une viande fraîche et de très bonne qualité. Les odeurs de la viande grillée se mêlent à celle de la mer, toute proche. Il suffit de baisser la tête pour tomber sur l’immensité bleue. Les estivants ont l’embarras du choix en matière de restauration. Juste à côté, des fruits de saison sont exposés bien en évidence et à des prix très abordables. Ici, on est loin de la capitale et de sa cherté, et les touristes, en provenance de la capitale justement, en profitent.
A la plage, de jour comme de nuit
Le problème de l’hébergement ne se pose pas à Jijel. Les hôtels ne sont pas nombreux, certes, mais des immeubles entiers sont mis à la disposition des estivants. Partout, on voit des pancartes sur lesquelles sont affichés des numéros de téléphone pour location d’appartements. Les propriétaires semblent s’entendre sur les prix. Dans tous les appartements, la nuitée est de 5 000 DA, et à 5 500 DA avec climatisation. Ce qui arrange les familles.
Les appartements situés à proximité de la plage sont dotés de tout ce qu’il faut. Les locataires n’ont à apporter que le strict minimum. Pour les jeunes, plusieurs sites de campings existent dans la région. Les tentes, installées à deux pas de la mer, n’offrent certes pas tout le confort d’un appartement ou d’une chambre d’hôtel. Mais c’est une alternative pour les jeunes peu exigeants et dont les ressources sont limitées. Les campings, en fait, attirent même certaines familles qui aiment passer la nuit à la belle étoile. Elles ne semblent nullement gênées par le manque de confort dans les sanitaires, la chaleur sous les tentes et les moustiques en quête de sang frais.
Comme cette famille qui vient du sud du pays et qui voit la mer pour la première fois. La grand-mère notamment qui a attendu plus de 70 ans pour voir de ses propres yeux la mer et la plage. Une plage, hélas, mal entretenue. Si la mer est limpide, on ne peut pas en dire autant de la plage. Une plage immense qui, avec de l’initiative et de l’investissement, pourrait accueillir des infrastructures de loisirs et touristiques, au lieu de la laisser se transformer en une décharge publique où un troupeau d’ânes semble avoir élu domicile. Même les espaces de camping ne semblent pas tirer profit au maximum de leurs capacités.
Surtout en cette saison estivale où des campings ont été annulés suite à un meurtre commis dans l’un des sites de Béjaïa. Les agences de voyages, qui avaient investi dans ce type de tourisme, se sont mordu les doigts. « J’avais des groupes qui ont réservé pour le camping, mais après le meurtre à Béjaïa, les campings ont été annulés par une décision officielle. Ce qui nous a fait perdre beaucoup d’argent », confie la gérante d’une agence de voyages. A défaut de structures de restauration modernes, des « baraques » faisant office de buvettes sont installées ici et là au bord de la plage à la tombée de la nuit. Les estivants passent leurs journées à la plage ainsi que leurs soirées.
Des tables et des sièges en plastique sont disposés sur le sable et de jeunes serveurs proposent des glaces, du thé ou des boissons fraîches. A cause de l’obscurité, la mer qui se trouve à quelques pas est pratiquement invisible. Mais le va-et-vient des vagues domine les bruits de la petite ville. Ici aussi, comme au centre-ville de Jijel, les femmes circulent en toute liberté. Assises au tour des tables ou sur le sable, elles bavardent avec animation.
De même que dans les cafés où des écrans sont installés et où sont projetés des films des aventures de l’Inspecteur Tahar. Sidi Abdelaziz n’est pas, certes, l’endroit pour les estivants en quête de mouvements. Mais idéal pour ceux qui souffrent de la « migraine » des grandes villes.

Publié dans Région

La localité de Tigzirt, sise à 40 km au nord de la wilaya de Tizi-Ouzou, abrite, depuis hier, la première édition de la Foire du miel, qui s’étalera jusqu’au 25 du mois en cours. Cet évènement, organisé par l’Association des apiculteurs professionnels du massif du Djurdjura (AAPMD) et qui se tiendra au niveau de l’entrée des ruines au centre-ville de la daïra de Tigzirt, a pour objectif de valoriser ce produit du terroir.
« Vers la valorisation des produits de la ruche », tel est le thème de cette première édition de la Foire du miel, dont l’objectif est la valorisation de ce produit du terroir et son internationalisation. « Notre objectif est de permettre aux apiculteurs de la région de donner un aperçu sur la production de miel au profit des visiteurs et aussi d’internationaliser le miel du massif du Djurdjura », a affirmé le président de l’association organisatrice de cet évènement (AAPMD), Salem Touati.
Notre interlocuteur a précisé qu’une vingtaine d’apiculteurs prendront part à cette manifestation. En plus des organisations professionnelles et des instituts techniques spécialisés dans la production de miel. Quant aux produits qui seront exposés tout au long de cette foire, le président de l’AAPMD a indiqué qu’il y aura une dizaine des variétés de miel, pollen, propolis et gelée royale.
En outre, Salem Touati a précisé que des conférences-débats seront à l’ordre du jour et au cours desquelles les spécialistes en agronomie mettront l’accent sur les bienfaits du miel sur la santé publique, notamment pour les maladies chroniques, en l’occurrence l’asthme, a-t-il dit.

Publié dans Région

Né le 3 janvier 1930 au douar Ouzellaguen, Sadki Mohand Meziane, dit Si Meziane, militant de la première heure du mouvement national, est issu d’une famille paysanne et révolutionnaire. Son domicile parental, sis au village Fournane, non loin d’Ifri, sur les hauteurs de la rive gauche de la Soummam, servait de refuge pour les moudjahidine de la Wilaya III historique. Epris de liberté et jaloux de l’indépendance de son pays, Si Meziane monta au maquis le 6 novembre 1954, c’est-à-dire cinq jours seulement après le déclenchement de la guerre de Libération nationale, alors qu’il n’avait que 24 ans. Téméraire et fin stratège, il participa à la structuration et à l’organisation des premiers groupes de moudjahidine et de moussebeline. Son courage, sa détermination et sa force de conviction lui permirent d’engager de nouvelles recrues parmi les jeunes et moins jeunes de la région.

Publié dans Actualite archives

Hocine Medjkoune, ancien sergent de l’ALN au sein de la Wilaya III, est aujourd’hui secrétaire général de la kasma de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM) de la daïra d’Ifri-Ouzellaguen. Né le 24 décembre 1938 à Ouzellaguen, Si L’Hocine, comme l’appellent ses intimes, avait rejoint le maquis à l’âge de 18 ans. Rencontré en son bureau, sis au cimetière de Chouhada d’Ouzellaguen, il nous accordera cet entretien dans lequel il reviendra sur sa participation à la sécurisation du Congrès de la Soummam, ses conditions de déroulement, mais aussi sur les actes de représailles subis par la population d’Ouzellaguen lors de l’opération Jumelles.

Publié dans Actualite archives

Plusieurs partis politiques et associations se préparent à célébrer le 59e anniversaire de la tenue du Congrès de la Soummam. A travers ces festivités, c’est un grand hommage qui sera rendu à l’architecte de la révolution algérienne, Abane Ramdane, initiateur de la réunion d’Ifri, le 20 août 1956. L’association
« Horizons d’Ouzellaguen » organisera le 21 août la première édition de l’université d’été du Congrès de la Soummam.

Publié dans Actualite archives

Organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, le Congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956 au village Ifri, dans la commune d’Ouzellaguen, constitue un tournant décisif dans la Révolution et un événement déterminant pour l’avenir de l’Etat et de la nation algériens. Les travaux de ce congrès, qui avaient duré près d’une quinzaine de jours, avaient été sanctionnés par une plateforme dite de la Soummam, adoptée par les congressistes, composés essentiellement de responsables de wilayas historiques et dont les résolutions s’articulaient autour de plusieurs axes, notamment la structuration de l’ossature du mouvement insurrectionnel contre l’impérialisme, le découpage du territoire national en wilayas et zones, l’organisation des structures militaires et administratives…

Publié dans Actualite archives

Reporters : Il y a soixante ans, l’offensive du Nord-constantinois. Que doit en retenir l’Histoire ?
Abdelmadjid Merdaci : Comme vous le savez, la journée du 20 Août a été intégrée par les pouvoirs publics dans le calendrier des fêtes légales sous le signe du « double anniversaire » - août 55/août 56 - et instituée comme « Journée nationale du moudjahid ». Il s’agit d’une entreprise de prise de contrôle dont l’un des effets est d’expurger les évènements de leur contexte et de brouiller leurs enjeux. La gratification légitime des moudjahidine, ceux qui ont réellement combattu pour l’indépendance du pays, ne peut se faire au prix de la censure et de l’instrumentalisation de leurs engagements. Cela noté, les historiens conviennent que le 20 Août 1955 constitue une date charnière dans le cours de la guerre d’indépendance.

En quoi précisément ?
Votre question commande des rappels sans lesquels la nature et la portée de l’offensive du Nord-constantinois seraient inintelligibles. Les questions préjudicielles sont celles de savoir quel était l’état de la résistance nationale dirigée par le FLN/ALN en cette année 1955. Il faut donc rappeler que le groupe fondateur du FLN – Boudiaf, Didouche, Krim, Benboulaïd, Ben M’Hidi, Bitat – était à la fois minoritaire et marginal par rapport aux forces politiques en lutte au sein du MTLD et que le pari de l’insurrection pouvait paraître insensé sinon suicidaire. On peut estimer aujourd’hui que beaucoup – au sein du mouvement national comme de l’administration coloniale - spéculaient sur l’échec du mouvement lancé la 1er novembre 1954. Et en ce premier trimestre de l’année 1955, les faits semblent leur donner raison.

Quels faits ?
Il y a d’abord ce premier tournant de janvier 1955. La réunion d’évaluation que les membres fondateurs du FLN projetaient de tenir en janvier 1955 à Alger n’a pas eu lieu. Et cela ne sera pas sans conséquence. A cette date, le 18 janvier exactement, Didouche Mourad, chef de la zone 2 du Nord-constantinois, meurt au combat. Moins d’un mois plus tard, Mostefa Benboulaïd est arrêté en Tunisie et Rabah Bitat tombe dans un piège en mars à Alger. En fait, seul Krim continue à tenir le maquis, Boudiaf et Ben M’Hidi étant à l’extérieur. Au-delà même des considérations politiques, l’une des conséquences majeures est la dégradation sinon la rupture des liaisons entre zones. Deux autres évènements éclairent cette séquence, l’une des plus difficiles qu’ait connues la résistance. Des contacts avaient eu lieu au Caire entre les membres de la délégation extérieure et du FLN et Mezeghna et Chedli Mekki, émissaires de Messali Hadj qui avaient même abouti à une déclaration commune demeurée sans suite. On peut formuler l’hypothèse que Messali Hadj avait estimé comme probable l’échec du FLN qui renforcerait sa position personnelle dans l’échiquier politique et singulièrement son pouvoir de négociations avec les autorités coloniales. Au même moment, se mettait en place, à Alger, la stratégie dite de « la troisième voie » initiée par le nouveau gouverneur général Jacques Soustelle qui recevait notamment Hadj Cherchalli, ancien membre du comité central du MTLD, Me Ougouag, avocat proche des messalistes, et Cheikh Kheireddine, président intérimaire de l’association des oulémas musulmans.

Cela veut-il dire que l’offensive du 20 Août 1955 du Nord-constantinois a renouvelé, en quelque sorte, le 1er novembre 1954 ?
Il faudra sans doute revenir sur cet aspect des évènements, et ce qu’il faut souligner, c’est le cap difficile que traverse alors l’insurrection et enregistre à son actif, d’une part, l’intégration au sein du FLN de Abane Ramdane en janvier, son envoi à Alger par Krim et, d’autre part, le travail remarquable des représentants du FLN à la conférence internationale de Bandoeng en avril 1955. C’est la connaissance lucide de cette situation qui a conduit Zighoud Youcef dit Si Ahmed, successeur de Didouche à la tête de la zone 2, à s’isoler plus d’un mois durant, à se livrer à une manière d’introspection et prendre la mesure des responsabilités qui étaient les siennes.

Qui était Zighoud ?
Un dirigeant nationaliste, mais un dirigeant exceptionnel auquel l’histoire, y compris dans sa version nationale, n’a pas rendu justice. Pour beaucoup, Zighoud était, selon la formule consacrée de l’historiographie française, « le forgeron, de Condé Smendou ». Né orphelin en 1921, grandi dans une réelle précarité, Zighoud Youcef a d’abord été un élève attentif de l’école coranique du village avant de rejoindre l’école publique française où il décroche son certificat d’études. Ses proches parlent alors d’un homme pieux, amoureux de la lecture, amateur de cinéma. Son engagement précoce au sein du scoutisme musulman, puis très tôt au sein du PPA lui assurent un réel leadership et le MTLD le place, à la fin des années quarante, en tête de liste des municipales. Responsable local de l’Organisation spéciale, il est arrêté lors de la crise de 1950 et s’évadera en juin 1951 de la prison de Annaba. Clandestin, il prend part à l’historique réunion des « 22 » et dans la crise qui opposera Boudiaf au groupe dit de Constantine, son intégration au sein de la direction du FLN est l’une des revendications des dissidents. Aucun responsable du FLN, à l’exception peut-être de Boussouf, n’aura suscité la fascination qu’inspirait Zighoud à ses compagnons et à tous ceux qui avaient pu croiser son chemin. On dit encore « Si Ahmed » avec une profonde déférence.

Que faut-il retenir de l’offensive du 20 Août 1955 ?
D’abord ses conditions de préparation, ensuite ses objectifs. Zighoud Youcef s’est isolé plus d’un mois durant avant de convoquer ses plus proches collaborateurs au douar Zamane en juin pour les informer de ses décisions. « J’ai toujours appréhendé ce jour où le destin de la Révolution reposerait sur mes épaules », affirmait Si Ahmed, qui détaille la nature et les objectifs stratégiques de l’opération : la relance de la lutte armée, la mobilisation des Algériens autour du FLN/ALN. Sur un autre plan, l’offensive conduite par Zighoud visait aussi à desserrer la pression sur la zone 1 des Aurès.
Plus de trente-quatre agglomérations seront ainsi ciblées – entre autres Constantine, Annaba, Skikda, Guelma, El Khroub, Oued Zenati, El Harrouch, Collo, Ain Abid - ce samedi 20 août à midi.
Ni le choix du jour, un samedi - qui plus est correspond cette année-là à Awal moharem - ni celui de l’heure ne sont fortuits. Il s’agissait aussi de frapper les esprits et de montrer les capacités de l’ALN y compris aux Algériens sceptiques. Aux objectifs militaires – les casernes de l’armée, de la gendarmerie, les postes de police - s’ajoutaient d’autres plus clairement politiques qui visaient les mouchards et plus particulièrement les personnalités impliquées dans la politique dite de la troisième voie. Des élus, des personnalités de l’association des oulémas seront entre autres ciblés.

Quel bilan établir de l’offensive du 20 Août 1955 ?
Selon les chiffres rendus publics, il y a eu soixante-et-onze victimes du côté des forces de sécurité et des leurs collaborateurs algériens. Mais le bilan reste essentiellement politique. Le 20 Août 1955 redistribue totalement les cartes de la guerre d’abord par son exceptionnel impact médiatique particulièrement en France. Les titres les plus importants de la presse parisienne couvrent l’évènement et le gouvernement Edgar Faure décide, d’une part, d’étendre l’état d’urgence à tout le territoire algérien et le rappel des contingents d’appelés. Tous les historiens s’accordent sur ce fait : au lendemain du 20 Août 1955, la France est en guerre en Algérie.

Et le bilan de la répression ?
La répression fut terrible, massive et a tourné au crime contre l’humanité. L’épisode de la quasi éradication des hommes et des enfants de Aïn Abid devrait rappeler à la France celui d’Oradour sur Glane. L’armée a tué, les milices civiles, particulièrement à Skikda sous la direction du maire Benquet Creavaux, ont massacré. Des villages entiers, comme celui de Mouats, ont été décimés. Le FLN a situé le nombre de victimes entre douze et quatorze mille.

En quoi l’offensive du 20 Août a-t-elle été décisive ?
Le 20 Août se situe d’abord dans le prolongement de l’insurrection de novembre 1954. Il en répète certains aspects comme la diversité des objectifs, la simultanéité des actions et apparait aussi en résonnance par ses impacts avec mai 1945. Le fossé, pour reprendre une expression de l’époque, entre les communautés est obstrué par le sang des victimes. Le climat politique de l’Algérie n’est plus le même et la peur n’est plus d’un seul côté. Sur un autre registre, cette relance spectaculaire de la lutte armée allait reposer la question de l’organisation du FLN, de ses choix stratégiques, de sa direction. Zighoud y travaillait aussi et avait pris l’initiative de proposer la tenue d’un congrès et suggéré sa tenue dans la presqu’île de Collo. 

Publié dans Actualite archives

On ne peut traiter de tel ou tel aspect de la lutte de libération du peuple algérien dans le strict cadre d’une histoire de courte durée en la réduisant à sa dimension strictement politique. Il faudrait, à notre sens, inscrire des événements aussi décisifs que celui qui s’est déroulé le 20 août 1955 dans un cadre plus large qui permettrait de prendre en compte les aspects inhérents à l’organisation communautaire, aux ordres claniques, aux systèmes de chefferie, aux modes de fonctionnement des réseaux (confrériques entre autres), mais aussi d’étudier le système de l’échange des biens matériels et symboliques dans une économie rurale dominée par l’arboriculture de montagne, l’agropastoralisme et l’autosubsistance.

Par Daho Djerbal*
Il serait intéressant, par exemple, d’inscrire l’organisation des forces de la campagne par une autorité centrale autochtone, dans une perspective de longue durée qui couvrirait au moins la période de la fin du XVIIIe siècle et celle du XIXe. On pourrait ainsi mieux rendre au nationalisme révolutionnaire ce qui lui revient et à l’ordre communautaire ancestral ce qui lui revient aussi.
Le peu d’espace imparti à ce papier ne nous permettra pas de nous lancer dans une telle aventure ; c’est pourquoi nous nous contenterons de faire quelques rapides rappels de ces problématiques dans des développements quelque peu superficiels, en restant pour l’essentiel dans une logique de conjoncture.
Des conditions économiques peu propices au soutien d’unités en armes
Ce que l’on appelle ici le Nord-constantinois est en fait le territoire délimité en 1954 par la direction du FLN-ALN en Zone 2, puis en 1956 en Wilaya 2. Il recouvre les parties comprises entre la mer Méditerranée au nord et la voie ferrée Alger-Constantine au sud. À l’ouest, la frontière avec la Petite Kabylie qui passe par Souk El-Tenine sur la côte jijellienne et arrive à Sétif en traversant les Gorges de Kherrata puis englobe le territoire des anciennes communes de Takitount et de Bougaâ (Lafayette). À l’Est, les limites de la wilaya 2 se confondent avec les frontières algéro-tunisiennes et englobent les régions de Bône (Annaba) et de Guelma à l’Est, et Souk Ahras au Sud2.
Dans l’ensemble, cette région comprend d’importants massifs montagneux (Les Babors à l’Ouest, Collo au centre, l’Edough à l’Est) ; elle a été le foyer de nombreuses insurrections au cours du XIXe (insurrection dite d’El Mokrani en 1871) puis au XXe siècle (Soulèvement de mai 1945). Peu de zones, de populations ou de familles ont été épargnées par la répression qui s’en est à chaque fois suivie ; celle-ci se voulait « multiforme, profonde, durable et efficace ». Elle l’a été effectivement. La plupart des habitants de cette région ont connu le massacre et la destruction de leurs villages, le séquestre de leurs terres, l’impôt de guerre et le séquestre qui a grevé plus des 2/3 de leurs ressources, l’emprisonnement et la déportation des élites.
La conséquence que l’on peut en tirer et qui aura une grande importance dans notre propos, c’est que, dans l’ensemble, nous avons affaire à une population déshéritée aux faibles ressources […] C’est dans ces régions montagneuses parmi les plus déshéritées du Constantinois que vont s’implanter et se développer les premiers maquis. La charge que va représenter le soutien matériel aux unités en armes, de plus en plus importantes avec le temps, sera considérable et parfois même insupportable pour une économie dégageant peu de surproduits. Il faudra donc à l’ALN trouver les voies et les moyens les moins contraignants possibles, pour gagner le soutien d’une population matériellement affaiblie, moralement et politiquement hésitante vis-à-vis de ces hommes en armes, quoi qu’en dise l’histoire officielle.

Les temps difficiles (1954-1955)
Selon le témoignage de L. Ben Tobbal3, après les premières escarmouches de la nuit du 1er novembre 1954 et les premiers replis dans les refuges préparés pour la circonstance, il a fallu se rendre à l’évidence : les populations n’étaient pas encore prêtes à supporter le poids de la guerre, une guerre qu’elles ignoraient ou dont elles n’avaient pas encore pris l’exacte mesure. Il a fallu, dans un premier temps, recourir aux réseaux des militants dispersés dans la montagne. Mais ce n’était pas comme au temps du travail politique, passer une nuit et repartir. Il fallait rester aussi longtemps que possible, dans le plus grand des secrets pour échapper aux poursuites de la gendarmerie et des unités militaires françaises.
« Rester deux jours quelque part, c’était beaucoup à l’époque ; trois jours, c’était encore mieux ; quatre jours presque inespéré. Nous vivions ainsi au jour le jour et il fallait tenir compte du fait que nous manquions d’argent. Nous vivions chez l’habitant, mais les gens de la campagne n’étaient pas assez riches pour nourrir une vingtaine de personnes à la fois. En deux jours, les réserves d’une année pouvaient disparaître parce que les montagnards avaient pour coutume de recevoir avec tous les égards ceux qui leur rendaient visite.[...] Même si l’on participait aux frais et qu’on payait ce que l’on consommait, le lendemain, il n’y avait plus rien à manger dans la maison. C’est après le déclenchement que nous avons réalisé tous les problèmes de la logistique »4.
Durant les premiers mois du passage à la lutte armée, les éléments de l’ALN ont dû ainsi négocier avec l’habitant, se déplacer parfois de jour, quasiment à découvert, mais le plus souvent la nuit, pour trouver des maisons isolées où se réfugier dans la plus grande discrétion. Se considérant comme les libérateurs de la nation tout entière, ils ne voulaient pas apparaître, en tout cas dans ce premier temps de la lutte, comme des « porteurs de contrainte ». Pour assurer la couverture des besoins des hommes en armes et leur sécurité, il leur fallait pouvoir joindre un élément sûr qui engagerait sa famille, et parfois toute sa tribu. La moindre fuite ou information malencontreuse quant à leur présence pouvait être fatale, non pas au groupe en tant que tel, mais au projet révolutionnaire qu’ils avaient le sentiment de porter. Durer le plus longtemps possible, lancer quelques opérations sporadiques pour faire courir le bruit d’une présence insurrectionnelle puis disparaître, le temps de se refaire. C’était des marches forcées qui pouvaient durer des jours, et les premiers militants n’étaient pas tous de la première jeunesse.
Les choses pouvaient mal tourner quand les gendarmes ou l’armée française sortaient de leurs cantonnements et allaient à la recherche des « fellaghas ». Il est arrivé aux troupes de Zighout de passer quatre à cinq jours dans des refuges sans avoir rien à manger que des escargots (chose immonde pour les montagnards du nord-constantinois).
Jusqu’au 20 août 1955, les instructions étaient de ne pas engager d’actions à caractère militaire6, poursuivre la pénétration dans les régions qui n’étaient pas encore touchées et mettre sur pied, dans les douars, la nouvelle structure du FLN. Mais il fallait aussi éliminer physiquement les indicateurs et autres collaborateurs. Avec ce type d’actions, nous entrons dans la phase connue par toutes les stratégies insurrectionnelles, celle du monopole de la violence légitime ou de l’hégémonie contraignante.
Il est évident que toute cette entreprise ne pouvait espérer quelque succès que dans les zones travaillées par le nationalisme du PPA-MTLD7 car la violence seule ne pouvait pas être un gage de réussite dans ces régions qui l’ont tellement subie qu’elle paraissait parfois être comme un fait naturel, une dimension de leur culture.

Vers une nouvelle organisation du peuple
Après quelques mois, la situation semblait avoir évolué vers une plus grande mobilisation et adhésion des populations des zones montagneuses. Aux dires de L. Ben Tobbal « à la veille du 1er mai 1955, le mouvement avait pris une importance beaucoup plus grande que l’ancien MTLD. Si l’on excepte la région de Annaba [...], l’organisation était pratiquement présente sur toute l’étendue de la wilaya. De Skikda à Taher, de la mer jusqu’au sud de Mila, à Grarem, Mila-ville, Fedj M’Zala, Sidi Merouane, les régions étaient totalement encadrées [...] sur le plan organique, c’était déjà une véritable administration qui était mise sur pied » 8.
Ce qui était en fait à l’œuvre, c’était la mise sur pied d’une contre-administration. Tout pendant que se développait la présence des hommes en armes, il fallait assurer « un dispositif instrumental de gestion des temporalités » selon le terme de Malinowski, ou ce que l’on pourrait appeler un système pour assurer « l’administration des choses ».
Tous les douars avaient leur comité avec un responsable de douar, un responsable financier, un responsable à la propagande, un autre pour l’intendance et un pour la sécurité. L’organisation pouvait alors se prévaloir d’avoir ses propres gendarmes, ses gardes forestiers et ses inspecteurs aux écoles coraniques. Les actions armées qui avaient ciblé quelques figures connues des populations et les éliminations physiques de quelques gardes forestiers ou caïds convaincus de collaboration, ont suffi à faire basculer les gens dans le soutien à l’ALN.
Le problème des refuges se trouvait ainsi résolu ; il n’y avait en fait plus de refuges ; les unités armées avaient leurs propres postes de commandement et leurs bases étaient financées et alimentées sur leur budget propre.

Mounadiline et Moussebiline, les nouveaux auxiliaires de l’armée de libération
Tout ce qui vient d’être dit jusque-là se passe dans une conjoncture relativement favorable à l’ALN ; la France n’a pas encore mobilisé tous ses moyens pour faire face à ce qu’elle considère encore comme une rébellion localisée et facilement maîtrisable9. Il n’y a pas encore de postes militaires français en dehors des villes et les forces chargées de la répression des actes dits de banditisme sont celles de la gendarmerie, des CRS et quelques unités de parachutistes rapatriées d’Indochine.
La progression des effectifs de l’armée de libération et ses objectifs d’organisation et d’encadrement des populations vont faire apparaître de nouvelles figures.
Le mounadel10 est l’une d’entre elles. C’est un occasionnel en civil placé sous la responsabilité du chef de douar ou du responsable de la localité la plus proche. Il paye des cotisations mensuelles fixes et obligatoires de 200 F11. L’aide qu’il apporte sur le plan matériel consiste en des vêtements ou de la nourriture ; elle est généralement volontaire et selon ses possibilités matérielles. Il donne des informations sur l’administration française, sur les faits et gestes des employés, sur les effectifs de l’armée et sur ses déplacements projetés ou en cours.
« Dans les montagnes, on appelait mounadel celui qui, par exemple, cédait son âne quand il y avait un problème de transport, celui qui prêtait sa maison de temps en temps quand les djounouds en avaient besoin pour manger. C’était en quelque sorte le support logistique de l’ALN. »12
Le moussebel13 est l’auxiliaire attitré des unités armées. Ce terme ne remplacera celui couramment utilisé en arabe (al moussa‘id, l’aide ou l’auxiliaire) qu’après la tenue du congrès de la Soummam en août 1956. D’après L. Ben Tobbal, c’est à Larbi Ben M’Hidi qu’on doit cette appellation qu’il avait proposée en prenant l’exemple des derniers partisans de l’héroïne mythique El Kahina, morts enchaînés pour ne pas se rendre.
Les mousebiline étaient mobilisés quasiment à plein temps et armés de fusils de chasse. Ils constituaient une réserve active sollicitée lors de grands événements. Leur rôle pouvait même dépasser celui des djounoud qui ne servaient que pendant les combats. En service de jour comme de nuit, ce sont eux qui faisaient office de gardes forestiers ; ils assuraient l’ordre public et la garde du douar, de la tombée de la nuit à la levée du jour.
« De garde la nuit, guetteurs le jour, guides des djounouds pour les marches, responsables des liaisons, postiers et ravitailleurs, les mousebiline accomplissaient parfois des trajets qui pouvaient durer une semaine. Ils constituaient des convois de 50 à 60 mulets qu’ils conduisaient d’Oued Zenati ou d’El Khroub à Taher [...] Le moussebel qui est recruté par le djoundi n’est pas à l’origine un volontaire, mais il fait ce que le djoundi ne peut pas faire. Il peut aller au marché, se déplacer librement alors que le djoundi a, lui, complètement rompu avec la vie civile »14
La particularité des moussebiline est qu’ils étaient, dans leur totalité, des gens de la campagne ou des montagnards. Ils représentaient 80 % de la population du pays. Ceux qui venaient de la ville étaient directement versés dans les rangs de l’ALN. « L’avantage » du moussebel sur le djoundi est qu’il pouvait rentrer chez lui une fois la nuit venue puisqu’il était de service dans son propre douar. Pour lui, la discipline était beaucoup plus lâche ; il ne passait jamais en conseil de discipline sauf pour des raisons exceptionnellement graves.
En plus de l’aspect pratique déjà soulevé, la levée d’une telle troupe présentait l’avantage d’impliquer plus directement les populations des douars dans la lutte armée. Leur structuration en sections ne viendra qu’après le 20 août 1955 et ils resteront, depuis, une formation distincte de l’ALN15.

L’extension de « l’organisation du peuple »
Il serait faux du point de vue historique de considérer que la structuration des campagnes par le FLN-ALN s’est faite sans problème et que la population avait adhéré spontanément au projet révolutionnaire porté par quelques dizaines de militants anonymes (membres de l’O.S.) insurgés contre la France, mais aussi contre leur propre parti politique16. Les dirigeants des maquis du Nord-constantinois ont vite pris conscience que leur survie dans un milieu qui, quoi qu’on en dise, ne leur était pas familier17, restait hypothétique tant que le rapport des forces continuait d’être favorable aux troupes coloniales. Après les premières épreuves que nous avons relatées et les premiers succès enregistrés dans « la gestion des temporalités », il a fallu faire face à de nouvelles situations.
Si le contrôle des régions montagneuses se comptait en adhésion volontaire ou forcée des populations, il se comptait aussi en maîtrise du temps. Durant les premiers mois, un relatif équilibre s’était installé, une sorte d’accord tacite au terme duquel les forces coloniales contrôlaient la situation le jour et l’ALN la nuit. Avec la menace de plus en plus précise constituée par le contre-pouvoir que mettait en place l’ALN, l’armée française a dû faire appel à des renforts et reprendre progressivement le contrôle de la situation, y compris parfois durant la nuit. Il est même arrivé que des unités de l’armée française prennent par surprise, en pleine nuit, des éléments de l’ALN et les fassent prisonniers, chose qui ne s’était jamais vue jusqu’alors. C’était malgré tout un indice laissant à penser que le peuple, même s’il n’avait pas trahi, avait laissé faire et n’avait pas prévenu les djounoud de l’arrivée imminente des militaires français. Le danger d’un étranglement des maquis était devenu tel que Zighout en est venu à penser à l’impensable : le lancement d’un soulèvement généralisé pour l’ensemble du Constantinois.
Nous ne nous étendrons pas sur les motifs d’une telle décision et sur les réticences des membres du conseil de zone ; nous montrerons seulement à travers cet événement majeur comment le responsable du FLN-ALN pour le Nord-constantinois a finalement pu, par un trait de génie, donner naissance à ce que l’on pourrait appeler « l’armée du peuple » en impliquant toute une population dans l’insurrection.
Il était devenu évident à ce moment du développement des maquis que, s’il s’avérait que l’ALN était incapable de défendre l’embryon d’organisation qu’elle avait eu tant de mal à mettre sur pied, elle allait perdre le contrôle du peuple et, avec lui, celui des mousebbiline, car les deux marchent ensemble.
Par ailleurs, le contexte politique général ne prêtait guère à l’optimisme, car des contacts étaient établis par des émissaires français du gouvernement Mendès-France avec certaines personnalités nationalistes modérées pour « combattre la violence » et se diriger vers une solution à la tunisienne.
Les maquisards risquaient de devenir, du jour au lendemain, de simples hors-la-loi pour un pseudo-gouvernement de transition.
Ce qui nous semble important à ce niveau de l’analyse, c’est que l’idée d’attaquer toutes les villes à la même heure, en plein midi, et celle d’engager toutes les forces vives de l’armée de libération et celles du peuple tout entier allaient impliquer définitivement les forces auxiliaires dans le camp de la révolution.
« C’était la première fois que nous allions engager toutes nos potentialités, que nous allions mettre en jeu toutes nos forces humaines, matérielles et structurelles. Tous allaient être mis à contribution, moussebbiline, peuple, djounouds, responsables».
Les résultats furent probants et même inespérés. « On en était arrivés à passer à cheval en plein jour dans les douars. Les postes militaires avaient disparu des montagnes et, depuis la mer chez les Beni Ferguene jusqu’à Grarem, plus un seul soldat n’était visible. Nous étions pratiquement dans une zone libérée qui s’étendait sur une grande partie des terres [...] Quand je suis allé voir Zighout, c’est à (Condé)-Smendou et non pas dans les monts de Skikda ou de Collo. Je suis allé par la plaine, monté sur un cheval avec quatre ou cinq djounoud, montés eux aussi sur leurs chevaux au vu et au su de tout le monde.
Les militaires français nous regardaient passer, mais ils ne sortaient plus de leur poste. C’est nous qui marchions maintenant librement, le jour comme la nuit ».
Mais, en réalité, la plus grande victoire était due à l’aveuglement des autorités militaires et politiques françaises qui ont lancé – une nouvelle fois pourrions-nous dire – une répression aveugle de grande envergure.
Aux dires des responsables, il a été enregistré plus de 12 000 victimes, toutes recensées dans les registres de l’ALN afin que leurs familles reçoivent une allocation.
La France venait de déclarer la guerre non pas aux seuls djounoud, mais à tout un peuple ; elle n’avait plus confiance en lui et le considérait dans sa totalité comme un ennemi. Elle a fait en sorte qu’il bascule tout entier dans le camp de l’insurrection.
Ce fait a eu pour l’organisation politique et militaire du Nord-constantinois des conséquences totalement imprévisibles. L’organisation mise en place au niveau des douars et les assemblées qui la représentaient étaient devenues maîtresses de la situation.
« Dans la wilaya 2, l’armée n’était pas maîtresse, les djounoud avaient la force, mais c’était toujours l’assemblée du douar, le comité inter-douar qui étaient composés de responsables civils qui décidaient. Le chef militaire était présent, il siégeait avec eux, mais en qualité de membre, au même titre que les autres, sans plus. Cela était valable jusqu’au plus haut degré de la hiérarchie. Au conseil de wilaya siégeaient autant les responsables civils que militaires et les décisions étaient communes »
Arrivés à ce point crucial du renversement du rapport de forces dans les campagnes et dans les montagnes de l’Est algérien, de nouveaux problèmes se posaient. Jusqu’alors, il fallait assurer la sécurité et la survie de petites unités combattantes.
Après le 20 août 1955, il fallait assurer la défense de tout un peuple et les moyens de sa survie. La charge ne pesait plus sur les populations comme au début de la lutte armée, mais, maintenant, il revenait aux unités de l’ALN de prendre en charge les réfugiés des plaines et des piedmonts qui étaient « montés » dans les maquis pour trouver aide et protection, mais aussi nourriture.
Comment nourrir à la fois le peuple et son armée ?
« Nous avons alors permis à tous ceux qui pouvaient le faire de moissonner les champs de blé que nous avions épargnés et de prendre pour eux-mêmes la récolte »26
Ce faisant, l’ALN a pu assurer, pour quelque temps, l’alimentation des habitants de la bordure des plaines. Mais ce n’était qu’un répit. Le problème de la « gestion des temporalités » dans un pays en guerre se reposait chaque jour avec plus d’acuité.
Quel que sera le devenir de la lutte de libération dans cette région, comme dans le reste du pays, l’événement du 20 août 1955 aura permis au peuple algérien de faire l’expérience, une nouvelle fois dirions-nous depuis la lute menée par l’Emir Abdelkader, d’une souveraineté reconquise sur une terre et une population algérienne. Toute « zone libérée » devenait de fait un embryon d’Etat algérien indépendant gouverné de jour comme de nuit par des Algériens.

* Maître de conférences / Université d’Alger-Bouzaréah

Publié dans Actualite archives

L’Algérie commémore aujourd’hui le 60e anniversaire de l’offensive du Nord-constantinois et le 59e anniversaire du congrès de la Soummam. Pourtant, d’année en année, les activités officielles reviennent sans que la convocation des grandes dates de notre histoire contemporaine, celles qui en particulier se confondent avec les luttes anticoloniales, ne suscitent la ferveur attendue.

Ni le débat nécessaire pour voir comment les Algériens, plus d’un demi-siècle après, peuvent relire leur histoire commune, celle de la guerre de Libération spécialement, parce qu’elle nous est la plus proche en termes de calendrier et la plus « disante » pour un peuple qui s’est libéré par les armes d’une très lourde tutelle coloniale.
Pour « vivre » et agir au présent et se projeter dans l’avenir. En un mot, renouveler le contrat des aînés et des pères fondateurs qui ont libéré le pays pour en faire une République. Et faire en sorte que celle-ci, pour le bien de tous et du territoire national, soit préservée de tous les assauts qui la menacent aujourd’hui. Bien sûr qu’il est absurde de demander à tout le monde de fêter et de claironner nos victoires et nos mythes fondateurs sur tous les toits et comme dans un stade de football. Ce serait verser dans le nationalisme de pacotille, cocardier, mais surtout bavard et donc inutile.
Car célébrer l’histoire, mécaniquement et sans en comprendre la portée, c’est perdre le sens du présent et capituler à nouveau sous la pression de tous les mouvements et les dynamiques -forcément négatifs - qui traversent le pays et vont en profondeur contre ce pourquoi il a ressuscité un certain été 1962. C’est aller au-devant de la menace de l’oubli et de l’amnésie, deux grandes maladies qui ne nous ont jamais autant menacés qu’en ces moments d’incertitude où des forces, même si on entend pour l’instant que leurs discours (ce qui est déjà une marque d’échec), tentent de saccager l’esprit républicain dans lequel l’Algérie nouvelle est née, il y a plus de cinquante ans. Le pacte républicain, lui, n’est pas encore tenu par nous tous. Il dépend en partie par notre capacité à nous réconcilier avec notre histoire nationale, sans faire abstraction du ratage de l’été 1962 et de ceux qui l’ont suivi, mais sans en faire non plus un piège et une impasse dont on ne sortirait pas, alors que le temps court et que le monde change. Avec ou sans nous. Pour le meilleur comme pour le pire. Et que de pays et d’Etats, issus comme le nôtre de luttes nationalistes, sombrent aujourd’hui dans le chaos et la destruction dont on n’a pas suffisamment calculé les conséquences telluriques. Que de peuples fiers s’entassent aujourd’hui dans les cales pourries d’un exil sans lendemain...
Le programme officiel annoncé par le ministre des Moudjahdine pour la célébration des deux « 20 Août » sera, a-t-il dit, « exceptionnel ». Rien n’interdit de le croire. L’enjeu, cependant, est que la société civile s’empare de l’histoire, de la mémoire et de leurs héritages. La bonne nouvelle, à ce propos, est qu’une université d’été, la première du genre, sera dédiée à cet événement majeur de la glorieuse Révolution de novembre 1954. A l’initiative d’une association, « Horizon d’Ouzellaguen » en l’occurrence, le rendez-vous qui aura pour thème « L’identité nationale à l’aube du 60e anniversaire du Congrès de la Soummam », est élaboré par la société civile et pour la société civile. Plusieurs associations y participeront, alors que des interventions d’éminents acteurs tels que Fodhil Boumala et Abderrahmane Hadj-Nacer sont prévues. « Notre démarche est constante : proclamer que l’événement historique et décisif du Congrès de la Soummam appartient à tous les Algériens, surtout aux jeunes, qui, à travers le mouvement associatif, s’engagent pour une meilleure Algérie », indiquent les initiateurs dans leur communiqué.
Voilà une activité qui, pour une fois, permettra de poser de vraies questions. Où on est-on, aujourd’hui, des principes fondateurs de la République algérienne, après plus d’un demi-siècle d’indépendance ? Quelle place a la jeunesse dans l’Algérie d’aujourd’hui et de demain ? Et pourquoi un tel décalage et un tel éloignement entre la génération montante et l’histoire du collectif national ? Autant de questions dont les réponses éclairciront, un peu plus, les raisons qui ont conduit à la rupture du contrat national et ont fait que la société soit en manque de repères. En effet, force est de constater qu’aujourd’hui, l’Algérie se trouve à la croisée des chemins, menacée sur le plan social, économique et même politique. Les Ben M’hidi, Krim, Abane et autres avaient compris que la Révolution avait besoin, deux ans après son déclenchement, d’une structuration et d’un nouveau souffle qui donneront finalement suite à l’élaboration des principes de base sur lesquels devait être fondé l’Etat algérien démocratique et social. Ce dont nos actuels acteurs politiques, pouvoir et opposition, s’avèrent incapables de rééditer.
La société en manque de repères...
Pis, la société ne trouve plus de repères à même de lui éviter les conséquences fâcheuses d’un conflit qui fait des morts parmi les citoyens d’une région du Sud ; Ghardaïa, ou d’une islamisation déculpabilisée de tout et qui, par affreux bégaiement, tente d’imposer un nouvel ordre susceptible pourtant de faire rebasculer l’Algérie dans les années de sang et de terreur. Si les événements du M’zab venaient à confirmer une chose, c’est bien la rupture du lien social. L’on a tourné le dos aux principes de fraternité, de cohabitation, de solidarité et de travail commun pour le bien de la patrie, laissant place à la haine, la violence, l’égoïsme, mais aussi à l’affairisme, car, faut-il le reconnaitre, des gens y tirent bien des ficelles pour que la situation reste chaotique. Tout comme d’ailleurs cette « tolérance » dont bénéficient d’anciens terroristes reconnus qui activent sous le net refus d’autorisation de wilaya, défiant Etat et peuple. Malgré tout, on trouve le temps pour polémiquer sur la « dardja » ou sur la longueur des jupes de femmes.
Le lien national étant donc dangereusement menacé et les priorités renversées, des initiatives ont quand même le mérite d’avoir essayé de créer une dynamique sociale mobilisatrice. Hélas, quand certains partis et personnalités regroupés se fixent comme objectif de chasser le régime en place à tout prix, d’autres espèrent un deal sous couvert de consensus. Tandis que le pouvoir, ne faisant aucune concession, tente de se maintenir en s’associant au pouvoir de l’argent. Dans une conjoncture économique des plus difficiles et une menace pesante sécuritaire sur les frontières, l’on est incapable de converger sur un seul but : celui de sauver l’Algérie du naufrage ! La jeunesse, seul espoir pour le pays, étant pleine de potentialités, a juste besoin d’être orientée et encouragée. Pourtant, si elle veut savoir où va-t-elle, il lui faut d’abord s’initier à l’histoire, pour connaître d’où elle vient… 

Publié dans Actualite archives

La Société des eaux et de l’assainissement d’Alger (Seaal), une création sous forme de gestion déléguée entre l’Algérienne des eaux et Suez Environnement, se prépare à connaître des changements très prochainement dans la gestion de l’eau et de l’assainissement, dans les wilayas d’Alger et de Tipasa, avec le départ officiel prévu en août 2016 de son partenaire français.

Après une dizaine d’années de coopération main dans la main et des résultats concrets sur le terrain, Suez Environnement réfléchit donc à d’autres pistes de travail, comme la problématique de la gestion des déchets en Algérie…
En effet, l’expiration du contrat avec Suez Environnement, qui a rendu possible la distribution « H24 » de ce précieux liquide dans tous les robinets à Alger et ses environs, va marquer un tournant considérable. A la vue des résultats visibles dans la gestion de l’eau depuis 2006, date d’entrée en vigueur de l’opération pilote, en collaboration entre les services publics d’Alger et la société privée française, « il serait intéressant de réfléchir à reproduire ce schéma dans d’autres secteurs en Algérie », a affirmé Jean Marc Jahn, directeur général de la Seaal, tout en ajoutant que « c’est un modèle d’épanouissement du service public algérien, qui respecte la volonté du pays de ne pas privatiser le service public ». Alger est à ce jour capable de gérer de façon autonome son réseau hydraulique, bien que la Seaal émette une légère réserve quant à la question du management de l’entreprise. « Je suis confiant, nous avons des équipes qui sont aujourd’hui prêtes professionnellement. Le risque, pour moi, est beaucoup plus lié à la dynamique du management », a justifié Jean Marc Jahn, en précisant que « Suez Environnement a apporté des éléments d’adhésion à une motivation collective en rupture avec la culture traditionnelle du mode du public. C’est là-dessus, je pense, qu’il peut y avoir un risque ».
Néanmoins, il est vrai que le contrat se termine officiellement le 31 août 2016, bien que la décision finale repose entre les mains des autorités publiques algériennes, mais Suez Environnement envisage et réfléchit à de nouvelles pistes de travail sur le territoire. « Je suis convaincu que de continuer un partenariat sous une forme aménagée serait vraiment intelligent, notamment si on élargit le périmètre géré par la Seaal afin d’homogénéiser le service aux autres wilayas », a confirmé le directeur général de la Seaal. Hormis le secteur hydraulique, Suez Environnement s’intéresse à la question de la gestion des déchets, une problématique à l’échelle nationale qui ne date pas d’aujourd’hui. « On ne peut pas dire que nous en sommes au stade de discussions, mais plutôt à celui des propositions et des réflexions à des suggestions de discussions », a-t-il expliqué. Ce serait l’occasion de reproduire « ce qu’on a su faire dans le secteur de l’eau, dans l’environnement. La partie des déchets souffre des mêmes problèmes auxquels l’eau souffrait hier à Alger ». Suez Environnement espère donc pouvoir établir une collaboration avec Netcom dans ce domaine, bien que ses propositions n’aient reçu aucune réponse, ni positive ni négative, la société algérienne restant frileuse, « tout comme la Seaal lors du lancement du projet en 2006 ». A quatre ans de la fin de sa carrière, ce serait une aubaine pour Jean Marc Jahn de « rendre Alger propre », et pour cela, il ne manque pas d’idées, comme engager des jeunes de quartier, que l’entreprise formera, « pour faire du porte à porte et sensibiliser la population à la question de l’environnement, car la communication de masse ne fonctionne pas en Algérie ».
En conséquence, Suez Environnement est prête à continuer le chantier algérien et à s’attaquer à d’autres domaines, après l’efficacité des travaux sur le réseau hydraulique d’Alger, malgré quelques failles qui persistent. En effet, des perturbations continuent de survenir à l’improviste… « Alger est en plein essor urbanistique et les programmes de logements sont délivrés à une vitesse extrêmement élevée qu’il est parfois difficile d’anticiper tout cela », a justifié Jean Marc Jahn. La capitale se désengorge peu à peu, et corrélativement, une partie de la zone ouest d’Alger se repeuple ou tout simplement se peuple très vite, alors, « il faut compenser en permanence les déséquilibres ». Ajouté à cela, il y a bon nombre de facteurs exogènes, mais étroitement liés au bon fonctionnement des installations de la Seaal. Par exemple, les coupures de Sonelgaz ont des conséquences directes sur le système hydraulique. « Si on a perdu une ou deux heures de pompage, on a déstabilisé des équilibres assez subtiles entre le remplissage des réservoirs, pour faire face aux heures de pointe, et le déremplissage », a-t-il précisé. Evidemment, les casses sur le réseau et l’état de vétusté du patrimoine jouent énormément. « Le réseau à Alger est en très mauvais état. On nous demande toute simplement de le renouveler, mais il faut savoir qu’il représente 5 000 kilomètres de tuyaux et 700 000 branchements », explique-t-il, tout en ajoutant que la Seaal répare chaque année 32 000 fuites. Bien sûr, la saison estivale est un facteur primordial dans le pic des perturbations avec un déplacement conséquent de la population vers les zones côtières, essentiellement Zéralda et Tipasa, mais surtout « le citoyen algérien n’a pas beaucoup de respect pour la consommation de l’eau ». En effet, il serait parfaitement possible de vivre convenablement à Alger « en consommant 30 à 40% de moins sans se priver, mais en faisant simplement attention ».
Cependant, malgré les quelques couacs, les Algérois sont satisfaits à 85% du réseau hydraulique, d’après les enquêtes menées par la Seaal, et bénéficient d’un prix de l’eau qui bat tout les records. Effectivement, l’Etat a mis un point d’honneur à maintenir le prix de l’eau sans jamais imposer une quelconque augmentation. « Le prix du mètre cube à Alger est de 36 dinars, tout compris, alors que l’inflation a été de 4 à 5% par an », a-t-il expliqué, tout en ajoutant qu’« une famille domestique moyenne à Alger dépense environ 20 dinars par jour pour le service de l’eau et de l’assainissement ». Pourtant, l’Etat aurait pu sans hésitation répercuter les coûts liés à l’investissement dans l’amélioration du réseau hydraulique d’Alger sur le prix de la facture des citoyens algérois. Effectivement, rappelons-le, le budget d’investissement consacré à l’amélioration du service par les pouvoirs publics, « c’est à peu près 200 à 250 millions d’euros, principalement consacrés à des renouvellements du réseau ». De plus, le coût de Suez Environnement est d’environ 100 millions d’euros sur 5 ans, mais si on regarde combien l’Etat dépense chaque année pour le même service, cela revient à près de 300 millions d’euros. « Suez Environnement coûte moins de 10% du service, ce qui représente le prix d’une maîtrise d’œuvre », a expliqué Jean Marc Jahn. 

Publié dans Actualite archives
Page 1 sur 3