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mercredi, 12 septembre 2018 06:00

Affaire Audin : Un combat de plus de 60 ans

Écrit par Lucie Touzi
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Jeudi dernier, le président français, Emmanuel Macron, a marqué un tournant dans l’histoire franco-algérienne en reconnaissant, soixante-et-un an après, la responsabilité de l’Etat dans la disparition en Algérie du mathématicien et militant anticolonialiste et de l’indépendance de l’Algérie, Maurice Audin.


En effet, Emmanuel Macron est le premier président français à avoir officiellement reconnu la responsabilité de l’Etat français dans la mort de Maurice Audin, détenu à l’époque par l’armée française. Il a confirmé le recours à la torture et aux exécutions par la France pendant la guerre. Pour de nombreuses associations, cette déclaration du président de la République est une avancée importante.
En 2013, l’ancien président français, François Hollande, avait déjà fait un premier pas en ouvrant les archives sur l’affaire Audin et en déclarant par la suite qu’il était mort en détention.
Cependant, le Président Emmanuel Macron est allé plus loin en se rendant jeudi dernier au domicile de sa femme, Josette Audin, afin de lui remettre une déclaration reconnaissant le rôle de l’Etat et affirmant que son mari «est mort sous la torture du fait du système institué en Algérie par la France». C’est alors au nom de la France qu’il a demandé «pardon».
«C’est à moi de vous demander pardon, donc vous ne me dites rien. On restaure un peu de ce qui devait être fait», a dit le chef de l’Etat à Josette Audin au cours de cette déclaration à son domicile de Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Le président a profité de cette entrevue pour annoncer l’ouverture des archives sur le sujet des disparus civils et militaires, français et algériens.
Bien sûr, c’est une longue bataille de gagner pour Josette Audin, mais le combat continue. Trop de questions restent encore sans réponses : comment son mari a-t-il été tué ? Où est son corps ? Il y a encore beaucoup d’ombres au tableau... Pour rappel, Maurice Audin est né en Tunisie, de parents français, sa famille s’est installée en Algérie. Ce brillant assistant de mathématiques à la Faculté d’Alger s’engage politiquement et devient membre du Parti communiste algérien. Alors que la bataille d’Alger commence en janvier 1957, ce militant anticolonialiste suspecté d’aider le FLN (Front de libération nationale), qui milite pour l’indépendance de l’Algérie, est arrêté par les parachutistes français le 11 juin 1957. Il ne reverra plus jamais sa famille. En quelques mois seulement, des milliers d’Algériens ont disparu. Une dizaine de jours après son arrestation, sans aucune information et explication officielles, toutes traces de Maurice Audin avaient été effacées. A l’âge de 25 ans, ce père de trois enfants a subi la torture et a été assassiné par des militaires de l’armée française.

Des réactions sur cette «avancée»

Aujourd’hui retraité, Pierre Audin, son fils, avait seulement un mois lorsque son père a disparu. Lors d’une interview pour Europe 1, une de ses premières réactions est d’exprimer une forme de soulagement. «Enfin, enfin, enfin», dit-il. Mais il n’oublie pas que son père n’est pas le seul et «qu’il y a des milliers et des milliers comme lui». Pour sa mère, Josette, c’est la surprise qui l’emporte. «Je ne pensais pas que ça arriverait», a-t-elle indiqué lors d’une interview avant l’arrivée du président de la République. Suite à la déclaration d’Emmanuel Macron, Alger évoque «une avancée» et le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, a indiqué que c’était «un pas positif louable», sur un plateau de télévision. Quant aux militants, ils parlent surtout de l’aboutissement d’une soixantaine d’années de bataille acharnée de la famille de Maurice Audin.
En France, l’acte d’Emmanuel Macron fait beaucoup parler et divise. Cédric Villani, député de la majorité et militant actif sur le dossier, a, quant à lui, précisé au cours d’une interview sur la radio France Inter que le président allait faire de ce moment un moment non pas d’accusation, mais un moment de vérité, un moment où on regarde l’histoire en face, et où on prend bien garde à ne pas jeter le blâme sur tout le monde sans distinction». Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National (ex-Front National), parle d’un «acte de division». «Maurice Audin a caché des terroristes du FLN qui ont commis des attentats. Macron commet un acte de division, en pensant flatter les communistes», indique-t-elle dans son tweet.
Dans les rangs des communistes, cette nouvelle est accueillie à bras ouvert. C’est «une victoire historique de la vérité et de la justice», a salué dans un tweet le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, ajoutant qu’un «mensonge d’Etat qui durait depuis 61 ans tombe».n

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