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samedi, 08 décembre 2018 06:00

Michael Lonsdale : « Les religions peuvent se parler et cohabiter quand elles sont portées par des gens intelligents » Spécial

Écrit par Nordine Azzouz
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Cet entretien a été réalisé dans la soirée du 4 avril 2018 au moment de la projection à Alger du film de Xavier Beauvois « Des Hommes et des Dieux » (2010) sur les moines trappistes de Tibehirine. Son contenu n’avait pas vocation à être publié parce que Michael Lonsdale, qui joue dans le film le rôle de Frère Luc Dochier, répétait souvent ce qu’il avait déjà dit auparavant dans d’autres médias.

Ce soir-là, il était fatigué aussi et ne répondait pas toujours aux questions qu’on lui a posées durant la conversation outre celles contenues dans ces lignes. La béatification aujourd’hui à Oran des religieux assassinés a cependant redonné aux déclarations du comédien et artiste un sens profond et renouvelé, qui nous a fait changer d’avis.

Reporters : Vous êtes à Alger pour la projection du film de Xavier Beauvoir sur les moines de Tibehirine enlevés au printemps 1996 et probablement assassinés à la même période. Ce film vous a-t-il apporté quelque chose, vous qui êtes un fervent catholique ?
Michael Lonsdale : Oui, ce film m’a beaucoup apporté. Son tournage a été, pour moi, quelque chose de capital, un moment de grâce, je dirai. C’était formidable de faire revivre cet homme et j’avais l’impression que c’était lui qui parlait à travers moi, alors qu’il était mort depuis longtemps déjà. J’ai été très ému à l’idée de faire revivre ces gens qui ont vécu quelque chose d’exceptionnel, cette espèce de don de soi qui répond parfaitement à ce que dit le Christ : il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Il y avait une espèce de chaude émotion et de plaisir à vivre cela, une occasion de faire ce que j’aime beaucoup faire sur un plateau de tournage : improviser.

Comme vous l’avez fait dans la scène où le frère Luc parle à la jeune  algérienne désemparée à l’idée qu’on la marie à quelqu’un qu’elle ne connait pas…
Oui, c’était dans la scène de la petite algérienne venue à la rencontre de Frère Luc pour lui parler du projet de ses parents de la marier, la réponse à la question qu’elle lui pose et s’il a lui-même aimé est magnifique. Oui, j’ai aimé, mais j’ai fini par connaître le plus grand amour, celui du Christ. A propos de cette scène, Xavier Beauvois me disait qu’il n’était pas content de ce qu’il avait écrit et il m’avait alors demandé si je pouvais improviser. Ma réponse a été de lui dire que je ne lui garantis rien par rapport à ce qu’il voulait au juste et que je peux toujours essayer. C’est ce que j’ai fait. A aucun moment, je n’ai pensé à ce que j’allais faire et dire, à aucun moment je n’ai mijoté quoi que ce soit, je n’ai pensé à rien sauf à la personne de Frère Luc et c’est venu spontanément.

Est-ce la foi qui a vous a conduit à incarner aussi superbement Frère Luc ?

La foi, oui, certainement. Mais, je fais un métier qui s’appelle jouer et incarner des personnages, mais le jeu peut très vite devenir quelque chose de très important si on a affaire à quelque chose de votre vie par exemple. Ça vient ou ça ne vient pas, mais quand ça vient c’est quelque chose d’extraordinaire qu’on ne peut pas expliquer. Tourner dans « Des Hommes et des Dieux » et incarner Frère Luc a été un moment très rare dans mon métier et dans ma vie de comédien.. Cela a été comme ça pour moi pour autre chose, avec Delphine Seyrig qui était pour moi l’exemple de la comédienne et de la personne parfaite, une femme merveilleuse avec laquelle j’ai travaillé.

Vous parlez d’elle dans le film dans lequel vous avez joué ensemble : India Song de Duras… Parce que vous l’avez aimé surtout…

Oui, mais l’homme de sa vie, c’était Sami Frey, voilà (silence).

Vous avez beaucoup joué les hommes d’église dans votre carrière et parmi vos rôles on se rappelle au moins de celui de l’abbé dans « Le nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud d’après l’œuvre d’Umberto Eco. C’est un choix ?

Oui, j’ai joué un homme d’église dans plusieurs films, mais je ne l’ai pas fait exprès. La première fois, je crois, c’est le rôle de pasteur dans une pièce d’Oscar Wilde. Après, j’ai enchaîné les rôles de religieux en jouant un cardinal chez Losey, un curé chez Louis Malle, l’archange Gabriel chez Balasko après. Chez Annaud, bien sûr, dont j’ai aimé le film. J’ai été très content de jouer l’abbé dans « Le nom de la rose » et de me retrouver dans le monde  disparu aujourd’hui des religieux  et des moines bénédictins au XIIe siècle.

Le religieux ne vous lâche pas puisque vous avez joué aussi le rôle de Si Kaddour Benghabrit l’imam de la mosquée de Paris sous l’occupation dans le film d’Ismaël Ferroukhi, « Les hommes libres »…
Avec si Kaddour Benghabrit, j’ai une histoire personnelle. Ma famille le connaissait bien et c’était un grand ami de ma mère. Cet Algérien a sauvé beaucoup de juifs durant l’occupation et a épargné des vies menacées par la déportation, c’est un homme bon et bien, un homme de paix. C’est grâce à lui que j’ai eu un surcroît de foi. Mais Il n’y a pas que lui qui m’a marqué. Je me rappelle de cet acteur musulman qui joue dans «La septième porte d’André Swobada en 1948 » (1), on s’est croisé plusieurs fois à Paris quand il cherchait à faire carrière, mais sans succès. Mon souvenir de lui est qu’il parlait d’Allah d’une façon impressionnante...

Croyez-vous au dialogue des religions ?

Je crois au fait que les religions peuvent se parler et cohabiter quand elles sont portées par des gens intelligents.

(1) Michael Lonsdale parlait certainement d’Abdelouahed Chaou

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