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francealgerie

mardi, 12 juin 2018 06:00

entretien : Farida Lamari, responsable de la pouponnière fermée : « Nous avons reçu et fait adopter près de 4 000 bébés »

Écrit par Samira Dekkiche
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A la fin mois décembre, la rédaction de Reporters rendait visite à la responsable de la pouponnière de Palm Beach pour discuter avec elle des difficultés rencontrées par le centre à la suite des ennuis administratifs et de gestion rencontrés par l’Association Algérienne Enfant et Familles d’Accueil (AEEFAB) qui en avait la charge avant qu’elle ne soit fermée par décision des autorités de l’Action sociale, la DAS.

L’entretien que nous avions eu avec Farida Lamari est déjà lointain. Il a été réalisé alors qu’il n’y avait déjà plus d’enfants dans la pouponnière, mais il est resté inédit pour des considérations techniques et conserve encore toute sa pertinence en ce qui concerne les activités de l’établissement et les enjeux qui la concernent. Entretien.

Reporters : Quelles sont les principales missions de l’AAEFAB ?
Farida Lamari : Dans notre association, nous accueillons des nourrissons sans famille et abandonnés à l’hôpital. Nous les gardons jusqu’à trois mois, date légale pour que la maman puisse prendre le temps de la réflexion. Ensuite, on les place avec l’aide de la DAS dans des familles d’accueil par la Kafala. Cependant, il nous arrive de garder et de prendre en charge des enfants parce qu’ils sont handicapés, car très peu de parents pensent à les adopter. Nous avons aussi des petits enfants placés par le juge. Mais généralement ce sont des enfants qui sont pris pour la Kafala. Nous disposons de deux pouponnières, dont une à Palm Beach qui, pour l’instant, est fermée. Nous sommes en train de la rénover totalement pour être prêts à reprendre les enfants. L’autre est à Hadjout, et fonctionne avec 14 bébés. Nous avons également d’autres activités comme les Kafala café, qui réunissent les parents et les enfants. C’est très convivial, on discute des problèmes qu’ils peuvent rencontrer pour pouvoir apporter une solution et avoir un éclairage. On essaye également de travailler avec les pouvoirs publics pour améliorer les conditions des enfants privés de familles. Nous travaillons aussi sur l’insertion de l’enfant adopté dans le livret de famille avec une mention spéciale Kafala et la résolution de tous les problèmes qui relèvent de la prise en charge d’un enfant privé de famille au niveau social.


Est-ce que ces enfants bénéficient d’un suivi après leur adoption ?
On aurait aimé accompagner ces enfants dans leurs nouvelles familles et s’associer au suivi, malheureusement, on n’a pas le droit de le faire parce que c’est la mission de la DAS, mais elle ne le fait pas. Nous comptons également ouvrir une cellule d’écoute pour les enfants avec des psychologues. On espère pouvoir ouvrir également un numéro vert pour que les parents et enfants qui rencontrent des petits soucis dus à leur situation afin qu’ils puissent appeler et parler.


Quid du financement de l’Association ?
Nous sommes financés par des donateurs essentiellement. Ce sont des gens avec un grand cœur qui nous aident à surmonter nos difficultés chaque mois. Mais ces donateurs ne sont pas fixes. Il faut faire des appels à chaque fois d’une façon continuelle. Pour une seule pouponnière, on a des charges salariales importantes qui s’élèvent à un million de dinars, sans compter les autres charges. L’an dernier, on n’a pas payé le personnel pendant six mois, mais les berceuses sont restées pour prendre en charge les enfants, parce que ce sont elles qui ont le rôle le plus important. Mais il ne faut pas oublier qu’elles sont des travailleuses et ont besoin de leurs salaires. Elles sont ici depuis 20 ans et elles n’ont jamais baissé les bras.


Quel est le rôle des pouvoirs publics dans la prise en charge de ces enfants ?
L’Etat ne finance rien, alors que nous faisons le travail de l’Etat réglementé par des textes de loi. Nous, on a essayé depuis trente ans d’aider les pouponnières et de leur donner une prise en charge reconnue par les pouvoirs publics. Cette prise en charge permet à l’enfant de pallier ce manque d’affection et de pouvoir dresser une passerelle entre cette étape de rejet et d’abandon et la famille d’accueil. Une période de transition qui doit être légère pour un meilleur accompagnement et ainsi sauter le pas tranquillement.
Nous avons fait plusieurs demandes de subventions auxquelles on a droit. En tant qu’association on aide les pouvoirs publics et on travaille en parallèle avec eux. Malheureusement, ces demandes n’ont pas été honorées par une réponse, qu’elle soit positive ou négative. La dernière demande nous l’avons déposée au mois de juillet dernier et elle demeure sans réponse. Nous avons reçu et fait adopter près de 4 000 bébés depuis que nous activons, avec des bureaux qui changent tous les quatre ans. Moi je suis élue depuis janvier. Mais j’ai travaillé beaucoup avec cette association en tant que maman Kafila.


Après presque une année de fermeture, quand allez-vous ouvrir la pouponnière pour qu’elle puisse recevoir des nourrissons ?
Il faut noter que la DAS ne nous a pas envoyé d’enfants, et ce, sans nous expliquer les raisons de cette décision. Ces nouvelles mesures nous ont poussés à fermer la pouponnière et mettre les berceuses en congé. Mais on ne compte pas baisser les bras et on va continuer notre travail. On va se proposer encore pour accueillir des enfants abandonnés qu’ils soient en bonne santé ou malades. Pour le moment, on est en pleine rénovation et réaménagement avec des jeunes bénévoles qui se sont déplacés pour nous aider dans cette démarche. Ils se mettent à notre disposition tous les week-ends pour travailler et nettoyer le site.


Beaucoup de couples qui souhaitent adopter un enfant se plaignent de la lenteur des procédures de la Kafala. A quoi est dû ce retard ?
Le fait de demander un enfant pour la Kafala devient très difficile ces dernières années, notamment dans la wilaya d’Alger. C’est un parcours du combattant et ça peut durer des années. Sachant que plus de 3 000 enfants chaque année sont abandonnés, il devrait y avoir 3 000 familles qui devraient être honorées. Pour adopter un enfant, il faut avoir en premier lieu certaines conditions de base, un logement et un salaire de quoi faire vivre une famille. Plus de 90% des demandes de Kafala sont des foyers où il n’y a pas d’enfants, après plusieurs années de mariage et plusieurs essais. Ces personnes font une demande au bout de dix ans généralement au niveau de la DAS et ils attendent. De notre côté, on a des réserves sur certaines conditions et procédures comme la limite d’âge des parents adoptifs. Mais il n’y a pas de retour de la part des administrations et de la tutelle sur ces points qui restent incompris.

 

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