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samedi, 11 août 2018 19:58

Allemagne : Le retour des harraga au bled, désillusion et nostalgie… Spécial

Écrit par Djamila Seddiki
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Après un séjour, ou plutôt une galère, de trois ans en Allemagne, après avoir traversé clandestinement 15 pays, pour l’un, et 8, pour l’autre, ils reviennent au bercail non sans regret, désillusion et nostalgie… de ces moments de liberté volés à la vie morose qui les attend.

« Nous comptons voir la famille, nous reposer, puis… repartir. » Apparemment, ils ont pris goût à l’aventure et surtout à la liberté loin du contrôle et des pressions familiales et sociétales.

Après trois années de galère, deux harraga, ayant décidé de rentrer volontairement au pays, rencontrés à l’aéroport de Frankfurt le jour de leur départ, ont raconté à Reporters quelques bribes de leurs aventures de migrants clandestins ayant affronté d’innombrables difficultés et vécu beaucoup de péripéties avant de se retrouver en Allemagne dans des camps de réfugiés, répartis à travers le pays et, pour l’un d’eux, en prison. Munis de laisser-passer délivrés par le consulat d’Algérie en Allemagne, à Frankfurt, après un interrogatoire prouvant leur origine algérienne - leurs passeports, nous expliquent-ils, sont restés chez eux, ils ont embarqué sur le vol en direction d’Alger, rassurés à l’idée de ne plus se cacher et ont passé les contrôles sans ambages. Pour leur retour, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) met à leur disposition 1 200 euros (600 remis au moment du départ d’accueil) et le reste se fera à Alger (dans trois mois au plus tard).

L’un, de Birtouta, a traversé 15 pays en prenant le départ d’Istanbul sur un vol régulier, l’autre, un étudiant en 1re année à l’université d’Oum El Bouaghi, a traversé 8 pays en embarquant à partir de la Libye (après un séjour en Tunisie) dans un bateau pneumatique avec 95 autres migrants, en majorité africains, avant d’arriver à bon port, c’est-à-dire en Allemagne, où ils ont atterri dans un camp de refugiés abritant 1 200 personnes venues de plusieurs continents. Un jour, faute de mieux et étant donné que les conditions d’accueil s’étaient extrêmement détériorées et surtout durcies, ils décident, volontairement, de rentrer au pays.

Durant les trois ans, ils se sont débrouillés comme ils pouvaient, racontent-ils sans gêne, pour subvenir à leurs besoins et ont vécu d’expédients. Leur quotidien, peu orthodoxe, puisque l’un d’eux nous avouera qu’ils n’ont vécu que « de haram » (péché), fait de larcins, vols à la tire, se sont servis dans les magasins pour manger ou s’habiller et autres joyeusetés de la vie de clandos.

Interrogés sur les événements de Cologne de 2015, où des Maghrébins ont été accusés de harcèlement de filles dans les rues, le jour du réveillon du Nouvel An, qui ont été à l’origine du durcissement des conditions d’accueil et abouti à un projet de loi d’expulsion touchant les pays maghrébins. Ils expliquent : « Les Allemands ont exagéré les incidents. Ce sont surtout des Afghans qui sont derrière les événements. C’est vrai, que de jeunes Maghrébins, saouls, voire même shootés, ont tenté de tripoter ou plutôt de voler des filles, mais à aucun moment il n’y a eu de viols. De plus, nous avoue l’un d’eux, qui a un camarade impliqué qui a fui dans un autre pays européen, voir toutes ces filles si belles et légèrement habillées, c’est vraiment tentant… » pour de jeunes frustrés sous-entendait-il. « Tu chasses le naturel il revient au galop » comme dit l’adage…

L’un d’eux reconnaît qu’il s’est spécialisé uniquement dans le vol de portables et autres gadgets.

« Ça ne sert à rien de faire des études en Algérie. Ma licence ne vaudra rien de toute façon, car il n’y a pas de travail. Entre nous, il n’y a pas d’avenir au bled. J’ai décidé alors de tenter l’aventure et de rejoindre l’Allemagne. On nous racontait que les Allemands délivraient les papiers facilement et qu’il suffisait de faire une demande d’asile ». Ils sont vite rattrapés par la réalité car le rêve américain n’existe plus : « Ici, l’asile c’est juste pour les Syriens et quelques pays africains qui ont des problèmes politiques. Les Maghrébins, facilement reconnaissables, ne sont pas du tout appréciés, d’autant que la plupart des traducteurs sont soit irakiens, libanais ou syriens. Je peux vous dire qu’ils ne nous portent pas dans leur cœur, ils nous dénoncent dès qu’ils se rendent compte de notre origine. »

Laalem, c’est comme ça qu’il se fait appeler, s’étonnant que je lui demande son identité. Un garçon très touchant, puisqu’il n’hésitât pas, en rentrant dans la salle d’embarquement, à aller embrasser la tête d’une octogénaire portant un hidjab et toute vêtue de blanc qu’il ne connaissait pas, bien sûr, mais qui lui rappelait sa grand-mère, me dira-t-il. Se sentant rassurés au milieu des siens dans la salle d’embarquement du vol en direction d’Alger, qui accusait comme d’habitude deux heures de retard, ce qui ne fit qu’augmenter le stress des deux harraga. L’un d’eux n’hésite pas à nous expliquer qu’il prenait l’avion pour la première fois de sa vie puisqu’il avait fait l’aller en bateau avec une centaine de migrants clandestins, dont la majorité venait d’Afrique. Excités par l’expérience de prendre l’air, stressés à l’idée de rentrer au pays et inquiets au sujet du sort qui leur sera réservé sur place, nos deux interlocuteurs se sont sentis à l’aise malgré tout et n’ont pas hésité à nous confier quelques bribes de leur aventure, qui a pris fin en Allemagne. Pas d’hostilité à leur égard dans la salle d’embarquement ni dans l’avion, puisque l’info a vite circulé sur leur présence dans le vol tandis que d’autres jeunes n’ont pas été acceptés dans l’avion, car ils ont été expulsés manu militari et étaient accompagnés de flics. Le commandant de bord et son équipe ont refusé de les prendre en raison de leur état d’excitation extrême, nous expliquent les hôtesses de l’air qui craignaient qu’ils ne dérangent les passagers ou provoquent un incident en vol. Nos deux jeunes, quant à eux, ont embarqué sans problème et ont eu des manifestations de sympathie de certains passagers. L’un d’eux a parlé longuement avec le jeune originaire d’Oum El Bouaghi, qui rentre sans aucun bagage ni téléphone car toutes ses affaires ont été confisquées par la police au moment de son arrestation. Accusé d’avoir volé un sac trouvé en sa présence, il finit à la prison de Mannheim, avec des délinquants notoires pendant trois semaines où il « failli perdre la tête », selon ses propos. Son séjour en prison était d’autant plus insupportable qu’il avait déjà achevé, une semaine avant son arrestation, ses démarches de retour volontaire au pays. Le jeune Lazhar était accompagné d’une assistante allemande de l’OIM, accompagnée d’un traducteur marocain, un septuagénaire qui vit depuis longtemps en Allemagne. Ce dernier semblait soulagé du contact établi entre le jeune de Birtouta et moi puis, plus tard, avec le second jeune. Il ira jusqu’à leur dire « voilà, vous avez une dame sympa qui va vous aider à votre arrivée à Alger. » Les deux fonctionnaires de l’OIM ne quitteront pas l’aéroport avant leur embarquement dans l’avion de peur que celui sorti de prison ne prenne la poudre d’escampette. La sortie, à plusieurs reprises, de l’un d’eux de la salle d’embarquement a donné des sueurs froides au traducteur marocain qui semblait touché par le sentiment de déception et d’humiliation ressentis par les jeunes migrants. Pour nos deux clandestins, leur départ vers d’autres cieux n’était pas du tout discutable tant ils souffraient de mal vie et rêvaient d’aller voir ailleurs. Même s’ils essaient de trouver des justificatifs à leur départ à l’aventure en racontant que cela est dû au chômage. Leurs conditions de vie au pays, selon leurs confidences, n’étaient pas si mal que cela, puisque Laâlem avait un local commercial qui le faisait vivre à Birtouta et qu’il a confié à son frère après son départ en Europe, où il pensait rester définitivement. Le rêve était permis puisqu’il y a eu de nombreux exemples de réussite autour d’eux, mais ils ignoraient surtout la réalité de ces pays qui sont très hostiles aux migrants (exceptés les Verts) et ont durci les conditions d’entrée au niveau des frontières et qu’ils n’hésitent plus à expulser vers leurs pays d’origine. Le second migrant venait de réussir avec succès au bac et s’était même inscrit à l’université d’Oum El Bouaghi, mais a été très vite déçu par le niveau et l’ambiance générale, d’où son départ à l’aventure après avoir mûri son plan. Il décida alors, en 2015, de partir en Tunisie, puis en Libye, où il paiera 1 000 euros à deux frères passeurs libyens qui étaient, selon lui, très sérieux et connaissaient bien les risques de leur « mission ». Il avait fait un voyage de 9 heures, de Libye jusqu’en Italie avec 95 personnes, où ils ont été pris en charge par une ONG humanitaire qui les a acheminés jusqu’à un centre d’accueil de refugiés. Après l’Italie, le voyage se poursuivit jusqu’à Marseille où il séjourne chez une cousine pendant dix jours. Puis, l’aventure continue en passant par huit pays, Italie, France, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Suède, Autriche. « Tata, je dois te dire que nous n’avons vécu que de ‘‘haram’’ durant les trois années, même si nous avons fait le Ramadhan dans des conditions difficiles. », Mais, reconnaîtra-t-il, beaucoup de mes camarades consommaient de l’alcool allégrement pendant le mois de carême. Interrogé sur leurs moyens de subsistance, il expliquera qu’ils vivaient de larcins, en particulier des vols de portables qu’ils subtilisaient aux personnes saoules ou vulnérables qui laissaient traîner leurs sacs. « Un jour, nous dit-il, j’ai piqué le téléphone à un homme saoul qui parlait à sa femme, il m’a poursuivi en criant ‘‘please, please’’… » Ce mot a raisonné dans ma tête. J’ai fait demi-tour et lui est rendu son téléphone. Il m’a embrassé et donné 20 euros pour mon geste. Le reste du temps, je me servais dans les magasins pour m’habiller ou manger. J’étais pris en charge dans le camp de réfugiés où on était bien traités avec des repas corrects. » Ce n’était pas le cas en prison, poursuit-il, où il logeait avec deux autres personnes et recevait une pitance comme repas. « C’était l’horreur en prison, à Mannheim », ne cessera-t-il de répéter, se réjouissant à l’idée de ne plus y être. Alors, lui dis-je, ce soir tu vas dormir chez toi, dans ta maison, entouré de ta famille où tu seras gâté comme la tradition le veut pour les garçons… Et ce voyage en Europe ne sera plus qu’un mauvais souvenir. « Oui, dit-il, je vais retrouver ma chambre et mon lit pour me reposer quelques mois puis, je repartirai, car je connais le chemin et toutes les astuces pour éviter les erreurs du passé. » Même topo pour Laâlem, l’Algérois, qui est attendu par son frère à l’aéroport qui retrouvera sa famille composée de huit frères et sœurs qui l’attendent impatiemment.

Un expatrié marocain : nos gouvernants et l’école sont responsables de ce drame

Un expatrié marocain vivant en Allemagne, traducteur à l’Organisation internationale de la migration (OIM) qui accompagnait Lazhar, le jeune d’Oum El Bouaghi, sorti de prison le matin même, nous dira que ce sont nos gouvernants et surtout l’école qui sont responsables de ces drames. Les jeunes à la dérive n’hésitent pas à mettre en jeu leur vie en se jetant dans l’aventure de l’émigration clandestine. Méfiant au départ, quand je lui demande ce qu’il faisait avec ce jeune, il sentit tout de suite ma compassion et ma tristesse à leur égard, puis il se confie en indiquant qu’il côtoyait des centaines de jeunes clandestins humiliés, voire même désespérés quand l’aventure prend fin.

Ils vivent tous de larcins et n’ont pas de chance d’être régularisés car les lois se durcissent. Il en veut pour preuve, le dernier projet de loi adopté en Allemagne, déclarant « l’Algérie, le Maroc et la Tunisie comme étant des pays sûrs ». Ce qui veut dire qu’il n’y a plus de raison d’accepter des demandeurs d’asile politique et les clandos doivent tous être renvoyés chez eux. D’ailleurs, commentera-t-il, ce sont nos gouvernants qui n’arrêtent pas de clamer que la situation sécuritaire chez eux est normale, voire même bonne, et ne cessent de faire du pied aux touristes européens.

Même déception et colère à l’égard des gouvernants maghrébins. Il déplorera, aussi, le fait que ces derniers ne se défendent pas bien et défendent encore moins leurs ressortissants, citant comme exemple le dernier accord de pêche signé par le Maroc d’un montant de plus de 50 millions d’euros avec l’Union européenne. La signature de ce contrat, expliquera-t-il, non sans une certaine amertume, aurait pu être une opportunité pour mieux négocier la situation des clandestins, d’autant que l’Allemagne a besoin de main-d’œuvre jeune et choisit parmi les meilleurs de l’élite arabe. Le nouvel accord permet aux navires de l’Union européenne d’accéder à la « zone de pêche marocaine, en échange d’une contribution économique, qui passe à plus de 52 millions d’euros par an, soit une augmentation de 30% ».

Cette disposition, apprend-on, est considérée comme un « accord gagnant-gagnant », puisque le Maroc a obtenu une hausse du nombre de Marocains autorisés à embarquer dans les navires européens. Tandis que le volume des prises autorisées devrait rester inchangé pour les pêcheurs européens avec leurs 120 navires de pêche européens (en particulier espagnols) qui pourront pêcher dans les eaux territoriales marocaines.

Laâlem, quant à lui, traversera pas moins de quinze pays en entrant par la Turquie. C’est un véritable tour européen qu’il a effectué avec des escales plus ou moins brèves, avant de s’établir en Allemagne, dans la région de Munich, dans un camp pour réfugiés, qu’il quittera pour l’aéroport puisqu’il a décidé de rentrer volontairement « voir sa mère qui lui manque beaucoup et ses huit frères et sœurs ». Sonné sous l’effet des comprimés qu’il prend, dit-il, pour traiter une épilepsie sous contrôle médical, il ne cessera de parler de la boîte qu’il a sur lui craignant des représailles des policiers qui pourraient le prendre pour un trafiquant.

La boîte de Rivotril, des comprimés très consommés par les jeunes drogués, ne coûte pas cher en Europe, mais, en Algérie, un comprimé peut valoir jusqu’à 2 000 DA, apprend-on, non sans lui reprocher d’en consommer dans l’avion. Ce qui lui a quelque peu embrouillé l’esprit alors qu’il a besoin d’être frais et bien éveillé pour répondre aux questions des agents de la PAF à son arrivée à Alger.

En effet, le questionnaire, pour nos deux harraga, dura longtemps au guichet avec l’agent de la Police des frontières, ce qui ne manqua pas d’agacer certains voyageurs qui considèrent que ce genre de cas devrait être traité ailleurs et à part pour ne pas prolonger leur attente.

Nous les laissâmes là, non sans les avoir cherché de loin du regard, au moment de la récupération des bagages. La valise de Laâlem, un modèle vieillot des années 1970, que nous avions remarqué lors de l’enregistrement surtout pour son allure et son regard inquiet qui cherchait un visage ami, tournait, tournait sur le tapis roulant. Au moment où nous quittons la salle, nous les aperçûmes, accompagnés d’un agent de police, se dirigeant vers un bureau en retrait de la salle. Alors nous nous sommes demandé ce qui les attendait ce soir-là. La chaleur de la famille ou la prison. D’autant que tous les deux ne réalisaient pas qu’ils avaient commis un délit en tentant l’aventure du départ clandestin.

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